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C’est où chez moi ? Une double BD sur l’expatriation et le difficile retour au pays

Benjamin Roure By Benjamin Roure Published on October 16, 2017

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C’est quoi être expatrié ? Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’une étudiante étrangère en France, que la barrière de la langue empêche de nouer des relations sociales, si importantes quand on n’a que 20 ans ? Et après, une fois le diplôme en poche, comment se passe le retour au pays ? Ce vaste sujet est abordé avec finesse et virtuosité par Yunbo et Samir Dahmani, dans deux livres jumeaux, Je ne suis pas d’ici et Je suis encore là-bas (parus chez Warum et Steinkis). 

Dans le premier, la Coréenne Yunbo met en scène son alter-ego à tête de chien, étudiante en art à Angoulême qui peine à se faire une place dans une société française si différente de la sienne. Dans le second, le Français Samir Dahmani imagine le personnage d’une jeune traductrice coréenne, qui raconte son mal de vivre dans une société où tout n’est qu’apparence et course au succès, et qui regrette ses années d’études en France.

Les deux auteurs, en couple, entre deux avions entre Séoul et Angoulême, nous racontent la genèse de cet audacieux double livre, autour de quelques planches marquantes.

Je ne suis pas d'ici, par Yunbo

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« Évidemment, tout n’est pas vrai dans Je ne suis pas d’ici. Mais tout est très imprégné par la réalité, ma réalité d’étudiante étrangère dans une école française. 

Je voulais raconter dans le détail ce que j’ai ressenti pendant ces années-là de ma vie. Avec un élément central : la langue. Comment me faire comprendre des Français ? Et surtout, comment exprimer mes émotions en langue française ? C’est vraiment le cœur de mon livre.

Au commencement du projet, je voulais juste montrer ce que j’avais vécu en France, sans être trop réaliste. J’ai donc dessiné des têtes d’animaux… Avant tout parce que j’adore les dessiner ! Mais ça ne fonctionnait pas. 

Je n’ai donc gardé que l’idée de mon personnage à tête de chien, qu’il porte finalement comme un masque. Mais que lui seul voit. Cela renforçait le sentiment d’étrangeté que je ressentais parmi les Européens.

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Je voulais que mon histoire puisse parler à n’importe quel expatrié en France, pas seulement aux Coréens ou même aux Asiatiques. L’expatriation est bien différente du tourisme, car on n’a qu’une vague idée de la date du retour. On est alors un habitant coincé quelque part, et on doit laisser la porte ouverte au hasard. 

Il est compliqué de s’aider entre étudiants expatriés, car certains partent quand d’autres arrivent… Il devient alors parfois plus facile d’être invisible… Dans tous les cas, on est obligé de trouver son chemin tout seul.

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Pour moi, la France est un pays en nuances de gris, avec un peu de bleu… Voilà une des raisons de mon parti-pris graphique pour mon livre. Quand je dessine la France, je demande souvent à Samir : « Si je fais faire cela à mon personnage, c’est possible en France ? On va comprendre ? »
Avant de rentrer dans son pays, on ne se rend pas compte que l’on a changé. Ce n’est qu’une fois de retour que les différences sautent aux yeux. Je n’avais jamais osé imaginer que je deviendrais auteure de bandes dessinées, et ma mère rêvait sans doute d’autre chose pour moi. Mais bon, mon petit frère est devenu auteur de BD en Corée du Sud, donc elle a dû se faire à l’idée… »

Je suis encore là-bas, par Samir Dahmani

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« Je suis parti en Corée pour apprendre la langue. Car c’est ainsi que l’on peut percevoir et comprendre les choses. La culture, les relations entre les gens. Sur place, j’ai rempli énormément de carnet de croquis. Car je voulais que mon album ait un aspect très carnet de voyage, pour que le lecteur puisse voyager rien qu’en le regardant. Je me suis attardé à montrer les magasins, les rues, car je propose un voyage par les décors et non en dessinant les stars de la K-pop ! Quand je dessine la Corée, je demande souvent des infos à Yunbo, pour être sûre de ne pas me tromper sur les détails qui comptent.

De mon côté, je ne voulais pas de niveaux de gris, mais un vrai contraste avec mon trait noir qui rappelle les carnets de croquis.

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Pour mon projet initial d’album, j’avais interviewé en Corée plusieurs jeunes femmes qui avaient étudié à l’étranger avant de revenir dans leur pays. Et qui se sentaient en décalage avec leur entourage et la société. 

J’ai voulu mêler ces témoignages avec la nouvelle de Gogol Le Nez. Car à la lecture de ce texte, dans lequel un personnage se fait voler son nez et un autre trouve un nez chez lui, j’y ai vu des liens avec la culture coréenne. Comme dans ce dicton qui dit qu’un étranger arrivant à Séoul perd son nez sans s’en rendre compte… J’ai trouvé plein de correspondances, mais ce projet s’est avéré très compliqué à mettre en œuvre.

Au même moment, Yunbo montait son propre projet et les éditeurs que nous avions contactés ont suggéré de travailler sur deux livres parallèles. Je me suis alors concentré sur mes interviews de Coréennes, que j’ai réutilisées librement dans une fiction.

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Les Coréennes qui partent étudier à l’étranger – aux États-Unis, en Angleterre, en France, en Allemagne – le font pour monter dans l’échelle sociale, car c’est une démarche très valorisée. Au final, sauf peut-être pour les traductrices qui peuvent trouver de bonnes places, les portes ne s’ouvrent pas si facilement que ça pour celles qui ont étudié à l’étranger… 

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La pression autour du mariage est très forte en Corée. Pour les filles comme pour les garçons. Les filles doivent trouver quelqu’un qui a une bonne situation : travailler dans une multinationale comme Samsung, par exemple, est très bien vu. De leur côté, traditionnellement, les garçons doivent acheter un appartement pour pouvoir se marier – la femme, elle, achètera de quoi le meubler. Mais les prix s’envolent à Séoul et c’est de plus en plus compliqué. La nouvelle génération, celle qui est allée étudier à l’étranger notamment, ne semble pas prête à se plier à toutes ces traditions… D’ici 20 à 30 ans, je pense que beaucoup de choses vont changer.

C’est le bon moment pour parler de ce choc de générations en Corée. Les anciens ont beaucoup travaillé pour redresser le pays après la guerre. Aujourd’hui, le pays est de très haut niveau, les jeunes n’ont plus les mêmes responsabilités vis-à-vis de leur nation, ils aspirent à autre chose. »


Illustrations extraites de Je ne suis pas d'ici de Yunbo, éd. Warum (pp. 41, 67, 134) et Je suis encore là-bas de Samir Dahmani, éd. Steinkis (pp. 31, 41, 88, 131). 

Benjamin Roure est journaliste indépendant, spécialisé en bande dessinée. Rédacteur en chef de Bodoi.info, site d'actualités et de critiques BD.

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