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Ces écrivains québécois qui viennent d’ailleurs

Maud Lemieux By Maud Lemieux Published on April 26, 2017
This article was updated on May 4, 2017

La culture québécoise est depuis longtemps façonnée par l’ailleurs, et ce, dès ses premiers balbutiements : la naissance de la littérature dite canadienne-française est notamment associée à des écrits français tel le Voyage au Canada de l’explorateur Jacques Cartier. Autre exemple : le roman de Louis Hémon, Maria Chapdelaine, paru en 1929, est considéré comme un classique de la littérature québécoise, alors que Hémon est un Français qui n’a séjourné que deux ans au Québec.

L’ailleurs et ses thématiques s’inscrivent nettement dans l’imaginaire québécois à partir des années 70, lorsque des vagues d’immigration vont donner lieu à un mouvement littéraire que l’écrivain Robert Berrouët-Oriol a nommé “littérature migrante”. Ces écrivains étaient ainsi regroupés parce qu’ils venaient d’ailleurs, sans préoccupation de parenté stylistique.

A l’époque, la communauté littéraire haïtienne était très forte et influente. De nombreux auteurs migrants haïtiens ont notamment fondé la revue Vice-Versa afin de participer au discours sur leur place au sein de la culture québécoise. Émile Ollivier et Anthony Phelps en sont des acteurs très importants. 

Laferrière, ce géant

Aujourd’hui, l’un des plus célèbres est, il va sans dire, Dany Laferrière. Dès son premier roman, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985), l’auteur originaire de Port-au-Prince acquiert une reconnaissance et une popularité sans équivoque. Très prolifique, il publie actuellement environ un livre tous les deux ans. 

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En France, il a reçu le Prix Médicis en 2009 pour L’Énigme du retour, récit de poésie en prose sur le retour en terre d’origine d’un immigrant haïtien, et siège depuis 2013 à l’Académie française.

Bien qu’il écrive depuis plus de trente ans, Laferrière semble toujours s’intéresser aux sujets et thèmes déjà présents dans ses premières oeuvres : la culture haïtienne, le choc des cultures, l’exil, les relations humaines, la société québécois, la littérature, etc. Que ses récits se déroulent dans son pays d’origine ou au Québec, ceux-ci demeurent profondément traversés par des questionnements identitaires.

Auteur d’une oeuvre assez variée, la plupart du temps de facture fictionnelle et d’inspiration biographique, qui s’approche parfois de l’essai (comme c’est le cas pour L’Art presque perdu de ne rien faire, Journal d’un écrivain en pyjama, ou encore Tout ce qu’on ne te dira pas Mongo), Laferrière est sans conteste l'écrivain migrant au Québec le plus connu et le plus reconnu au Québec.

Racines libanaises

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Bien qu’il partage encore sa vie entre le Québec et la France, Wajdi Mouawad est un écrivain et dramaturge libano-canadien dont l’oeuvre a été primée par de nombreux prix littéraires, dont le Prix littéraire du Gouverneur Général du Canada. On le connaît notamment pour Incendies (2003), deuxième volet de sa tétralogie théâtrale Le Sang des promesses. Adaptée au cinéma, Incendies est un récit qui met en scène la quête initiatique entre Montréal et le Liban d’un frère et d’une soeur, des jumeaux dont la mère décédée leur intime de retrouver leur père pour lever le voile sur leur identité.

Mouawad s’intéresse à l’intime, en donnant à voir le poids de la tradition et des secrets dans une famille d’immigrants, et dénonce des conditions, des injustices de son pays d’origine.

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Également originaire du Liban, Abla Farhoud s’installe à Montréal avec sa famille lorsqu’elle est encore très jeune. Pourtant, les questions de déracinement, de choc des cultures et d’intégration ont toujours été très présentes dans son oeuvre. De son premier roman, Le bonheur a la queue glissante (1998), un récit qui nous plonge dans l’intimité d’une famille libanaise ayant immigré à Montréal, à un de ses derniers romans, Le Sourire de la petite Juive (2011), qui dresse le tableau de la rue Hutchison à Montréal et de ses habitants aux origines diverses, l’on voit que son oeuvre est traversée par ces mêmes préoccupations. Sa voix demeure importante dans le paysage littéraire actuel, alors qu’elle publie environ un roman tous les deux ans.

Chine, Japon, Vietnam

Le Québec compte aussi plusieurs auteurs d’origine asiatique. Bien qu’elle ne soit pas la plus connue, Ying Chen, écrivaine d’origine chinoise, est, depuis les années 90, une figure de proue des écritures migrantes, bien qu’elle ne s’en réclame pas et que l’évolution dans son écriture la distingue de ce mouvement. C’est après avoir immigré à l’âge de 28 ans au Québec que Chen commence à écrire des récits qui se partagent entre une Chine ancestrale et un Montréal très contemporain - principalement Les Lettres chinoises (1993) et L’Ingratitude 1995).

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Après avoir abordé plusieurs thématiques migrantes dans ses trois premiers livres, Ying Chen entame un cycle littéraire singulier dans lequel le lecteur est amené à suivre les errances physiques et psychologiques d’une femme entre la vie et la mort, entre un monde réel et fantasmé, et où les lieux ne sont jamais clairement identifiés. La parution en 2016 de Blessures, un roman ayant pour toile de fond la Chine révolutionnaire, démontre que l’écrivaine change encore de cap et se renouvelle, si ce n’est son intérêt pour l’identité, l’histoire et la mémoire des lieux qui demeure. À raison d’environ un roman par an, Ying Chen est encore importante dans la littérature québécoise contemporaine.

Familles décimées par des secrets

Dans la communauté littéraire asiatique au Québec, saluons également Aki Shimazaki, originaire du Japon, ainsi que Kim Thúy, originaire du Vietnam. Elles sont toutes deux très prolifiques et ont un intérêt commun pour le choc des cultures, l’intimité et la famille.

Chez Aki Shimazaki, ce sont la société japonaise, les moeurs et coutumes, avec au centre de l’histoire, des relations humaines, des familles décimées par les secrets, qui donnent le ton de ses romans courts et denses. 

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Chez Kim Thúy, bien que ses romans ne forment pas de suite, on sent une nette évolution, un lien tangible entre les récits. Alors que dans son premier roman, Ru (2009), l’on suit la traversée du personnage principal et de plusieurs autres Vietnamiens, des boat people qui fuient leur pays, dans le deuxième, Mãn (2014), c’est plutôt par la gastronomie vietnamienne que l’on fait le pont entre Montréal, où le personnage principal d’origine vietnamienne a élu domicile, et le Vietnam.

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Dans les années 80, les critiques et spécialistes notent que la littérature migrante a d’abord initié une certaine rupture dans la littérature québécoise, qui était alors davantage nationale. Pourtant, comme le mentionnent les auteurs de l’Histoire de la littérature québécoise, il y avait là une certaine forme de continuité entre les “deux littératures”, et ce, de par les thématiques abordées dans les oeuvres, telles que la figure de l’étranger, l’exil et les différences linguistiques, que l’on retrouvait également chez des écrivains nationaux comme Jacques Ferron.

Repli sur soi

Alors que la majorité des écrivains migrants qui écrivent actuellement s’intéressent toujours aux thèmes liés à l’exil, la pratique littéraire de ceux qui ne s’y intéressent pas donne à voir la résurgence d’une littérature dite intimiste. Cela se traduit par la forte présence d’autofiction et d’écrits sur l’identité. 

Qu’il s’agisse de récits portant sur l’identité sexuelle, sur le couple ou la famille, par exemple, une forte proportion de la littérature québécoise contemporaine est tournée vers l’individu, vers le je et les drames du quotidien. Et les écrivains migrants n’y font pas exception. Bien que leurs récits développent souvent une dimension culturelle, ils expriment aussi une forme de repli sur soi, sur l’intime.

Alors qu’il semble encore naturel de mentionner les origines d’un auteur lorsque celui ou celle-ci vient d’ailleurs, ce bref survol nous a permis de voir que l’écart littéraire, thématique ou stylistique que l’on tentait de décrire et de nommer dans les années 80-90 n’est plus. Qu’ils fassent référence à leurs origines et à leur expérience ou non, les auteurs migrants québécois sont de leur temps, leur oeuvre récente témoignant de tendances actuelles.

Maud détient une maîtrise en littérature québécoise et est libraire à Québec depuis plusieurs années. Dans sa vie, elle souhaite tout simplement lire, écrire et voyager.

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