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« Catherine Safonoff est une Annie Ernaux à l’anglaise »

Mathieu Deslandes By Mathieu Deslandes Published on January 22, 2018

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Allez à Genève, traversez l’Arve : vous voici à Carouge. Cette commune a une histoire étonnante. Pendant quelques années, au XVIIIe siècle, elle a constitué un îlot de tolérance assez singulier : les protestants avaient leur temple, les francs-maçons leur loge, les Juifs leur synagogue… et l’accueil d'étrangers de toutes origines et obédiences religieuses était encouragé pour favoriser l'essor économique du territoire. 

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Caroline Coutau (Yvonne Böhler/Zoé)

C’est à Carouge que se trouvent aujourd’hui les éditions Zoé, fondées en 1975 dans un esprit proche des utopies de 1968. Dans leur catalogue, on croise des écrivains de Suisse romande, de Suisse allemande, d’Afrique, d’Asie et de France, dont le travail est marqué par « une intense attention au presque rien et à l’ordinaire » selon Caroline Coutau, qui dirige cette maison depuis 2011. Elle nous présente l'une des grandes voix de Suisse : l’écrivaine Catherine Safonoff.


Quelle est selon vous la meilleure manière de présenter Catherine Safonoff ?

Catherine Safonoff est une Annie Ernaux à l’anglaise : elle creuse dans les profondeurs complexes, troubles, sombres ou honteuses de soi comme Annie Ernaux, avec le même courage, la même honnêteté, la même finesse géniale. Et s’y mêle chez elle le génie de l’humour, propre aux Anglaises, notamment de l’humour sur soi.

Que raconte son œuvre ?

La vie de tous les jours, les petits riens qui disent les grandes questions sur notre rapport au monde, l’amour, le travail, l’ego, la mort.

Comment décririez-vous son style ?

C’est une langue plutôt classique, ses phrases sont très construites et de temps en temps, souvent quand on ne s’y attend pas, elle nous attrape avec une audace stylistique, une oralité brusque qui rend le texte joyeusement impertinent.

Par rapport à « vos » autres auteurs, qu'y a-t-il de singulier dans votre relation de travail avec elle ?

Catherine Safonoff est une auteure qui a toute une œuvre derrière elle, elle a reçu tous les prix possibles en Suisse, a été à plusieurs reprises dans les sélections des grands prix parisiens (Médicis et Femina), on ne la lui fait pas : j’ai peu à dire sur son écriture sinon quelques détails, elle apprécie qu’on la lise et commente au microscope, elle est bonne joueuse, réfléchit et modifie si elle juge mon commentaire pertinent. Je passe surtout du temps à échanger avec elle sur comment avance le texte, pourquoi, ce qu’elle cherche. La conversation est toujours fluide et franchement très riche.

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Par quels livres faut-il commencer si l'on veut découvrir son travail ?

D’abord Autour de ma mère (sur sa mère donc). Puis La Distance de fuite : il parle de la séparation d’entre les sexes, de liberté, d’amour (on aime mieux en aimant plus que l’autre). Ce sont ses thèmes de toujours, elle y est plus percutante que jamais. 

En biologie, la distance de fuite est celle que la proie doit garder d’avec son prédateur pour assurer sa survie ; autrement dit, c’est la bonne distance à trouver entre soi et l’autre, le monde, pour vivre sans excès de souffrance.

Quel est le plus grand malentendu à son sujet ?

Qu’elle est difficile.

De quels autres auteurs peut-on la rapprocher ?

Annie Ernaux, Pierre Bergounioux, Virginia Woolf, Pascal Quignard, Charles Ferdinand Ramuz. C’est une grande lectrice. Elle lit aussi les auteurs de la génération des 25-30 ans qui arrive chez Zoé. Ce sont des bombes de créativité et d’énergie que j’ai la chance de publier : elle les rencontre, réfléchit à ce qu’ils font, parle avec eux. Les Aude Seigne, Bruno Pellegrino, Elisa Dusapin, entre autres, apprécient, je peux vous le dire.

Comment contribue-t-elle à renouveler la littérature ?

Pour moi, il ne s’agit pas de renouveler, mais d’approfondir. D’être juste et vrai, c’est ainsi que l’auteur, s’il trouve sa voix, singulière, propre à lui, peut dire quelque chose de neuf à son lecteur. C’est le cas de Catherine Safonoff.



Photo de couverture :  Catherine Safonoff (OFC).

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Mathieu est journaliste indépendant à Paris.

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