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"Bojangles", c'était eux. Explorez la constellation Finitude

Sidonie Mézaize By Sidonie Mézaize Published on April 4, 2017
This article was updated on May 30, 2017

C’est au hasard que les éditions Finitude doivent leur nom. En tirant au sort un nom pioché dans le dictionnaire. La lettre F tombe. Finance, finir, finition… Finalement, ce sera Finitude.

« Seul l’éphémère dure », affirmait Ionesco. Cette citation pourrait illustrer une définition de la finitude, cette frontière consciente qui nous renvoie aux limites de notre condition humaine. C’est dans cette perspective faussement pessimiste que s’inscrit le catalogue passionnant de la maison d’édition girondine, Finitude. Car de limites, il n’en est pas question pour Emmanuelle et Thierry Boizet dont le champ d’exploration et d'intervention littéraire est aussi large que les idées.

Des destinées sans concession

Anciens libraires de livres anciens, les Boizet ont vu passer entre leurs mains des grands textes oubliés qui, à leurs yeux, méritaient bien une seconde chance. C’est ainsi qu’a germé l’idée d’une maison d’édition et la volonté, avant toute chose, de faire connaître un auteur bordelais de grand cru : Jean Forton - encore un libraire. Son recueil de nouvelles inédites, Pour passer le temps, est publié en 2002 et connaît un succès immédiat, inaugurant la longue liste des pépites littéraires que dénichera par la suite Finitude. 

D’autres Bordelais méconnus trouveront bientôt leur place aux côtés de Forton. C’est le cas du steward Pierre Luccin (Le Sanglier) et de l’agent d’assurance Raymond Guérin (Retour de barbarie).

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Tourmentés et frondeurs, souvent drôles, toujours touchants, les auteurs que ressuscite Finitude partagent le goût de l’aventure et des destinées sans concession. 

Le chercheur d'or et le typographe

Il en va ainsi de Georges Arnaud, chercheur d’or, barman et chauffeur de camions en Amérique du Sud, qui a échappé de peu à la peine de mort pour des meurtres toujours non élucidés. Ou encore de l’écrivain belge André Baillon, qui a tiré de son séjour en hôpital psychiatrique une grande partie de ses livres et dont les relations passionnelles l’ont conduit de la tentative (avortée) de meurtre à celle (réussie) de suicide. Sans oublier le typographe Nicolas Rétif de la Bretonne, connu pour son Paysan perverti, à la réputation sulfureuse et qui mourut dans la misère.

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Les Boizet ne se cantonnent pas au seul domaine francophone et butinent avec la même aisance du côté des Américains. Revisitant les classiques (aux tempéraments bien trempés pour ne pas déroger au cahier des charges), ils mettent aux manettes Jean-Pierre Martinet pour une nouvelle traduction de L’Appel de la forêt de Jack London, et suivent sans hésiter leur ancien client, Thierry Gillybœuf, dans le projet fou de traduire l’intégralité du Journal de Henry David Thoreau, soit près de 7000 pages, à raison d’un tome par an pendant… quinze ans ! 

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De même, ils nous donnent à redécouvrir le visage brut de Neal Cassady, ce père de la contre-culture « qui a mis le feu aux poudres », inspiré le mouvement hippie et lancé celui de la Beat Generation, grâce à la publication d’une correspondance inédite (Un truc très beau qui contient tout, brillamment traduite par Fanny Wallendorf), et ils font revivre le grand écrivain américain Raymond Carver sous la plume tendre et puissante de Rodolphe Barry.

Le triomphe de la joie

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Pour ce qui est de la singularité, les auteurs contemporains publiés par Finitude ne sont pas en reste, en témoigne le jeune Oscar Coop-Phane, parti vivre à 20 ans à Berlin où il écrivit son célèbre Zénith-Hôtel qui décrit sans détour le quotidien d’une prostituée parisienne (Prix de Flore 2012). 

Le pari des premiers romans semble réussir au couple bouscatais qui récidive en 2016 en publiant Olivier Bourdeaut et son incontournable En attendant Bojangles, dont on ne compte plus les prix et les récompenses. 

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Avec plus de 245 000 exemplaires vendus, des cessions de droits dans 35 pays et une prochaine adaptation au cinéma, ce Bojangles, souvent comparé à L’Écume des jours de Boris Vian, est un vrai phénomène, à l’image de l’amour fou qu’il décrit : celui que se porte un couple fantasque, Louise et Georges, déterminé à faire du quotidien une fête incessante, un bal discontinu rythmé par la musique de Nina Simone, sous les yeux émerveillés de leur jeune fils et de leur grue de Numidie, nommée Mademoiselle Superfétatoire. 

Dans ce conte, où la vie et la mort se fondent dans une même valse, on est vite emportés dans un tourbillon de paillettes et de bulles de champagne, glissant sur le temps qui passe et les pages qui se tournent comme au cours d’une dernière danse. Une fois de plus, c’est le triomphe de la lumière et de la joie, celle qui emporte les personnages, nous emporte à notre tour et constitue le sel des trouvailles de Finitude.

Vagabonderies et poissons rouges

Des ingrédients que l’on retrouve dans l’œuvre de l’immense écrivain André Vers, né en 1924 dans le quartier des Halles à Paris, et qui, à l’image d’un Jean Yonnet, l’auteur de Rue des maléfices, a su faire renaître un Paris en noir et blanc sous sa plume multicolore et malicieuse. Ils étaient chouettes, tes poissons rouges en est peut-être le meilleur exemple. 

Dans ce recueil de nouvelles dont le titre donne déjà la mesure de la loufoquerie, on oublie - un court instant - la noirceur du quotidien qu’on troque pour un ballon de rouge au troquet du coin, où l’on se prend à rêver - un court instant - au pavillon et à la pelouse avec les nains, aux seins de la boulangère et au grand amour, bien sûr.

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Finitude ouvre son catalogue aux genres les plus divers. Ainsi les nouvelles sensuelles et poétiques d’Emmanuelle Pol (La Douceur du corset, L’Atelier de la chair) cohabitent avec l’ouvrage-monstre, grinçant et enragé de Jean-Pierre Martinet, Jérôme, et les « vagabonderies » lumineuses de Béatrice Commengé (Flâneries anachroniques, Voyager vers des noms magnifiques).

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Emmanuelle Boizet attribue la naissance de Finitude au succès des nouvelles de Forton et à « la veine des débutants ». On pourrait aussi bien parler d’alignement des planètes. 

Bonne étoile

Reste que la fidélité des lecteurs de la maison d’édition n’a jamais failli au fur et à mesure que le catalogue s’est enrichi de nouveaux titres, contemporains ou non, d’auteurs connus ou non, formant une constellation dont les astres rassurants nous invitent à croire en une bonne étoile. 

Rejetant les étiquettes, à contre-courant des tendances, Finitude anime une écosphère littéraire qui se nourrit de lumière et nous invite à sa table. Insatiables, on en redemande, sans craindre l’indigestion que limite d’emblée la publication raisonnée d’une dizaine de titres par an. 

En cette année 2017, les éditions Finitude fêtent leurs quinze ans, avec plus d’une centaine de livres à leur actif. La preuve qu’il reste une place pour l’audace ; une place que prend cette Finitude qui, si elle s’oppose à l’éternité, tend à la plénitude du moment présent et à la joie incomparable que procurent les grands textes inattendus.     

Fondatrice de la librairie française de Bucarest, Kyralina, j'ai vécu six ans en Roumanie. Aujourd'hui je travaille à Bookwitty, à Paris.

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