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Bienvenue à Saint-Lagos-des-Prés !

Elisabeth Philippe By Elisabeth Philippe Published on May 5, 2017

Avoir le titre d’un de ses livres inscrit sur des T-shirts de luxe, est-ce la consécration suprême pour un écrivain ? Peut-être pas (quoique, depuis qu’il a été attribué à Bob Dylan, le Nobel de littérature ait sans doute été un peu dévalué dans le cœur des poètes et des romanciers). 

Néanmoins, le fait que la phrase « We should all be feminists », titre d’un livre de Chimamanda Ngozi Adichie, figure en lettres capitales sur un vêtement Dior dit assez à quel point l’auteure nigériane de 39 ans est à la mode. Elle occupe aujourd’hui une place de choix dans la culture : front-row, comme on dit dans les défilés. 

Adoubée par Beyoncé

En 2013, la notoriété de l’écrivaine avait déjà connu un bond stratosphérique quand l’idole Beyoncé avait samplé ses mots engagés sur la chanson Flawless

Ainsi adoubée par Queen B, Chimamanda Ngozi Adichie, remarquée avec ses romans L’Hibiscus pourpre, Autour de ton cou et surtout Americanah, devenait officiellement la nouvelle reine des lettres anglophones. Une gloire qui semble aujourd’hui rejaillir sur l’ensemble de la littérature nigériane. 

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Sur les tables des librairies fleurissent en effet les romans signés d’auteurs venus de cet immense pays d’Afrique de l’Ouest. Leye Adenle, A. Igoni Barrett, Chigozie Obioma, Sefi Atta, Lola Shoneyin… Ces noms s’imposent peu à peu dans le paysage de la littérature mondiale. 

Il y a quelques années, on découvrait la vitalité exceptionnelle de l’industrie cinématographique nigériane, baptisée Nollywood. Assiste-t-on désormais à l’émergence d’un Saint-Lagos-des-Prés ?

Accessible à un large public

Enajite Efemuaye travaille comme éditrice chez Farafina, la maison basée à Lagos qui a découvert Chimamanda Ngozi Adichie. Elle tente d’analyser les raisons d’un tel phénomène : « Une part de l’essor que connaît actuellement la littérature nigériane tient au fait que les grandes maisons d’édition occidentales ont soudain réalisé qu’il y avait un marché pour les livres écrits par des Africains. Certains observateurs ont comparé cette tendance à la grande vogue de la littérature indienne dans les années 1990 engendrée par les succès de Salman Rushdie et d’Arundhati Roy. A juste titre. En outre, l’œuvre de Chimamanda est accessible à un large public, d’une façon que l’on n’aurait certainement pas cru possible pour des livres qui évoquent le Nigeria contemporain. Dans son sillage, un déluge d’écrivains nigérians ont pu toucher un lectorat international. Quand un auteur connaît un succès critique et public à l’Ouest, cela est toujours profitable à l’industrie éditoriale de son pays. On peut débattre du bien-fondé de ce coup d’accélérateur en termes de représentation ou d’authenticité, mais c’est la réalité du système capitaliste. »

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Encore fallait-il que le Nigéria s’inscrive dans ce système. Dans cette ancienne colonie britannique, les coups d’Etat sanglants et les dictatures militaires se sont enchaînés après l’Indépendance proclamée en 1960. Sans oublier, bien sûr, l’épouvantable guerre du Biafra (de 1967 à 1970) dans laquelle périrent près de deux millions de personnes. 

Extraordinaire diversité

Le Nigéria connaît une très relative stabilité politique - troublée par la présence de Boko Haram - depuis la fin des années 1990. « L’avènement de la démocratie a évidemment favorisé la liberté d’expression et donc encouragé plus de personnes à écrire et beaucoup de maisons d’édition ont vu le jour, poursuit Enajite Efemuaye. D’autre part, la croissance économique a créé une classe moyenne capable de s’offrir ces produits de luxe que représentent encore les livres. » Dans ce pays, pourtant le plus peuplé d’Afrique, un bestseller est un livre qui s’écoule à 5000 exemplaires, étant donné les taux d’illettrisme et de pauvreté. Le marché occidental constitue donc un horizon plus que désirable pour les écrivains nigérians, en particulier les anglophones.

L’an dernier, les éditions de l’Olivier publiaient en France Les Pêcheurs, premier livre du jeune Nigérian Chigozie Obioma, un roman d’apprentissage sur fond de prophétie et de malédiction. Olivier Cohen, le patron de la maison parisienne, a tout de suite été séduit par ce texte qui fusionne culture nigériane et tragédie grecque. « Cela fait longtemps que je m’intéresse à la littérature africaine et que je m’interroge sur la vitalité du roman nigérian, confie-t-il. J’ai interrogé Chigozie Obioma sur ce sujet. Il m’a répondu que cela tenait au fait que le Nigeria, c’est un peu les Etats-Unis du continent africain de par son immensité et son extraordinaire diversité culturelle, linguistique, religieuse, son mélange d’ethnies… On peut parler de littératures nigérianes au pluriel. Les agents anglo-saxons puissants comme Andrew Wylie ont sans doute joué un rôle dans cette "mode" de la littérature nigériane et quelques-uns de ces romanciers remportent peut-être du succès parce qu’ils correspondent à une certaine idée de l’écrivain africain que l’on peut se faire en Occident. Mais au fond, ce qui compte, c’est ce que ces écrivains ont à nous apporter à la fois de différent et d’universel. Sinon, on se contente de faire du tourisme littéraire. »

Le premier bestseller africain

Et quitte à faire du tourisme, il serait bienvenu de ressortir les vieux albums. Car la littérature nigériane n’est pas née avec Chimamanda Ngozi Adichie. Elle s’inscrit dans une longue et riche tradition. Quelques noms seulement : 

  • Amos Tutuola qui, dès les années 1950, se détacha du modèle occidental en insufflant à ses romans, dont L’Ivrogne dans la brousse, des éléments de la mythologie yoruba ; 
  • Chinua Achebe qui publia en 1958 Tout s’effondre, considéré comme le premier bestseller africain ; 
  • ou encore Wole Soyinka, dramaturge, poète et romancier, couronné par le prix Nobel de littérature en 1986. 
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« Pour moi, ce n’est pas un renouveau, c’est une continuité », commente Christiane Fioupou, professeure émérite à l’université Toulouse Jean-Jaurès, spécialiste de la littérature anglophone d’Afrique de l’Ouest et traductrice de Soyinka. « On a l’impression de découvrir la littérature nigériane alors que la production de poésie, de théâtre et de romans est depuis longtemps remarquable dans ce pays. La guerre dite "du Biafra" a généré aussi de très nombreuses œuvres. La littérature nigériane, d'une extrême vitalité, se nourrit d’un fonds culturel immense, des traditions orales, des contes, des mythes yorubas, igbos, ou autres, mais aussi des littératures mondiales, de la mythologie grecque, d’Homère, de Gilgamesh, de la Bible... Je pense notamment aux poèmes de Christopher Okigbo, un écrivain fondateur. Les écrivains de la génération de Soyinka [né en 1934] sont souvent des puits de cultures mutliples. Ils parlent plusieurs langues locales et l’anglais, mais connaissent aussi d'autres langues, le grec, le latin et cela se retrouve dans leurs textes. Cela tient au fait que, contrairement aux Français, les Britanniques n’ont jamais cherché à faire des Nigérians des petits Anglais durant la colonisation. Mais les écrivains d’aujourd’hui semblent peut-être plus accessibles, moins complexes que ceux de la génération précédente… » 

Mais c’est peut-être grâce à Chimamanda Ngozi Adichie qu’on (re)découvrira ici Christopher Okigbo.


Photo de couverture : Chimamanda Ngozi Adichie par Chris Boland

Née sous Giscard (fin de septennat), elle partage très tôt avec le président-académicien (auteur de l’inoubliable "Mathilda") un vif amour de la littérature, vouant une passion immodérée à Toto ... Show More

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