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Beyrouth à la vie et à la mort, dans Agenda Culturel

Tamyras Éditions By Tamyras Éditions Published on October 11, 2017

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Youssef Sami Germanos publie son premier roman ‘Petites morts à Beyrouth’ aux Editions Tamyras. Que le titre ne vous rebute pas ! ‘Petites morts à Beyrouth’ est tout sauf lugubre, morbide et mortifère ! C’est une aventure visuelle, une traversée jouissive, moderne, pluridimensionnelle, dans laquelle s’entrechoquent 3 époques et 3 lieux : un bar de Hamra, une cave servant d’abri aux Beyrouthins face aux miliciens déchaînés de tout temps et de tous bords, et le centre parisien de la rétrovision, technique consistant en la possibilité de visionner le passé… 

Pour l’écrivain, la rétrovision est un formidable outil pour ‘‘faire la lumière sur les mystères, les fantasmes et les vérités cachées…à la manière d’un enquêteur’’. Aucun secret de famille ne lui résiste non plus. Elle fait tomber les masques et les non dits. Elle permet de faire sauter tous les tabous. Youssef Germanos en dénonce plusieurs dans son récit. 

Cette fiction est aussi un hymne à la vie et à ce qui décuple, pour tout individu, le sentiment d’être vivant : le dépassement de toutes ses peurs, l’introspection salvatrice, la réconciliation avec les blessures de son histoire personnelle et ses mythologies familiales, claniques et nationales. C’est un exemple du travail de mémoire, urgent et nécessaire, que devrait entreprendre tout Beyrouthin, tout Libanais, tout être humain… 

C’est le voyage auquel nous invitait Samir Frangié ­ que son âme repose en paix ­ dans ‘Voyage au bout de la violence’. Le chemin peut paraître long et ardu mais est il est possible pour celui ou celle qui décide – oserais­-je le terme en cette semaine post 7 mai 2017­ se mettre en marche. 

Ce roman est enfin une vibrante déclaration d’amour à Beyrouth. ‘‘Je ne suis pas Beyrouthin de naissance, j’ai choisi cette ville, qui a une identité puissante, dont je ressens l’histoire. C’est certes un microcosme mais surtout un melting pot de toutes nos libanités ; oui, une ville qui mélange et réconcilie tous les Libanais’’ déclare Youssef. 

La multi­-culturalité, le cosmopolitisme est intrinsèque à Beyrouth. Cette ville est une fenêtre sur le monde… Les enseignes y sont écrites en français, en anglais, en italien, en arménien… encore un peu en arabe ! 

 Mais qu’est-­ce qu’être Beyrouthin? A cette question Youssef Germanos de répondre : ‘‘c’est d’abord une furieuse envie de faire la fête sous les bombes, (’’de se bourrer la gueule sous les bombes’’) ; c’est ensuite avoir une double, triple, quadruple identité, être polyglotte et polyculturel, ce que n’est pas forcément le reste du Liban, terrien, villageois, traditionnel et conservateur ; et c’est enfin une insatiable envie d’ailleurs : l’envie d’avoir un pied ici et un pied là­-bas, à l’instar de la statue de l’émigré libanais, postée à l’entrée du port, symbole significatif et fort de cette ville. Le lien des Beyrouthins entre eux, fussent­-ils très différents, me semble très fort’’. 

 Le Beyrouthin serait donc le citoyen qui accepte de sortir de ’’l’entre soi’’, de vivre avec l’autre et sa différence. 

Mais qu’est­-ce qui empêche dès lors un Beyrouthin de se satisfaire uniquement de sa ville ? Pourquoi faut-­il, nécessairement et comme par nature, qu’il regarde vers l’extérieur, qu’il se réclame citoyen du monde plutôt que de revendiquer sa libanité ? 

Youssef Germanos affirme sans détours : ‘‘sa frustration de n’être pas citoyen justement ! De voir, comme je l’écris, sa citoyenneté spoliée par ’’des politiciens libanais égaux dans le crime, la corruption et la bêtise’’. Beyrouth est cette ville marchande où les bateaux vont et viennent. Alors, forcément, le citoyen, à force de ruminer ses propres frustrations, il a envie de le prendre ce bateau !’’

Ce roman, traversé par un puissant courant de vie, est à l’image de cette cité bruyante, impulsive et généreuse où se mêlent amours et haines, cité mille fois mise à mort, détruite, torturée, défigurée, pulvérisée, laissée en ruines et à l’agonie mais finalement debout, éternellement vibrante et bouillonnante. 

Et s’il fallait lui donner une couleur ? ‘‘Hamra !’’ Le rouge, couleur de la passion, de la fougue, du cœur et de l’âme, du principe vital, du sang et du feu ; qui, dans sa nuance claire, est diurne, mâle, tonique, projetant son éclat et sa puissance sur tout, tel un soleil… et dans sa nuance sombre, nocturne, femelle, secret comme le mystère de la vie. Le rouge des alchimistes occidentaux, chinois ou de terre d’Islam, le soufre rouge des Arabes, symbole de l’homme universel, la couleur pourpre des Phéniciens, celle associée à Mars, dieu romain de la guerre ou au pouvoir des généraux, nobles et patriciens de Rome, mais aussi à celle du ventre de la terre-mère, de la matrice où vie et mort se transmutent l’une en l’autre. Une couleur ambivalente, complexe, pouvant mener à la libération comme à l’oppression. 

La petite mort est depuis le XVIe siècle l’autre nom donné par la littérature érotique à l’orgasme, au ’’grand frisson’’, ’’la mort sans mourir’’… Beyrouth n’est-­elle pas aussi la ville voluptueuse, lascive, de tous les ébats amoureux ? Et le rouge, le symbole de l’Eros libre et victorieux ? 

Beyrouth, ville de tous les excès et de toutes les addictions, vitales comme infernales ­ sexe, alcools, et drogues. 

Beyrouth, comme chacun de ses habitants, a souffert mille morts : ‘Petites morts à Beyrouth’ est le récit d’une résilience. 

Puisse un jour très proche le citoyen cosmopolite de Beyrouth avoir droit de présider aux destinées de sa ville, il pourra alors s’en contenter puisque le monde entier s’y est donné rendez­vous…

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