We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

Besoin d’inspiration pour écrire vos cartes postales ?

Jean-Baptiste Gendarme By Jean-Baptiste Gendarme Published on July 12, 2017

Found this article relevant?

Mathieu Deslandes found this witty
1

« Tous ces mots, toutes ces cartes postales, c’étaient les rites des vacances, les timbres, les crayons jetés en désordre sur la table. C’étaient l’improvisation, l’ombre fraîche derrière les persiennes, les fous rires. On n’est pas sérieux quand on écrit des cartes postales. Ce n’est pas un devoir, c’est un jeu ; ce n’est pas un emploi, c’est un passe-temps. »

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f3c45baf6 d713 4f1b 8ca8 c3a8b7277672 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Carte postale datée de 1916 (Wikimedia Commons).

Dans un essai, aussi court qu’une carte postale, Sébastien Lapaque expose une Théorie de la carte postale, une de ses marottes. L’auteur, qui a lui-même lu un article sur le sujet, nous apprend que trois cents millions de cartes postales se vendent chaque année en France.

Comme je suis nul en calcul, je me fie encore à l’auteur (mais peut-on croire les écrivains ? Vous avez l’été pour y répondre sur des cartes postales) : « Trois cents millions de cartes postales pour soixante millions de Français, cela faisait quand même cinq cartes postales par Français par an ». Mais évidemment, comme vous le savez, ce sont surtout les touristes qui achètent (et expédient) des cartes postales.

Sébastien Lapaque aime adresser des cartes, à ses amis, à ses lecteurs, pour remercier un critique… Plaisir d’envoyer, joie de recevoir. Quand il juge qu’il n’en reçoit pas assez, il va chez les marchands de livres anciens pour en acheter. « Des cartes écrites à la main par des gens ordinaires dont on avait tout oublié, des hommes et des femmes dont les os avaient blanchi dans leur cercueil, dont la tombe elle-même avait disparu sous la poussière, mais dont restaient les cartes postales – mieux qu’un souvenir, une aura. »

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f74b165b1 fc3c 4d6f 9ba5 43faf7a4ccc3 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
La première carte postale française datée de 1872 (Wikimedia Commons). 

On apprend aussi l’origine de ce « fameux rectangle de carton » : 1865 (voilà pour la date ; pour le lieu, ça nous vient d’Autriche). La semaine de l’entrée en vigueur de l’usage de la carte postale en France, en janvier 1873, il s’en est vendu sept millions et demi. Succès immédiat. Passionnant petit ouvrage sur l’art du bref, de l’instantané, du fragment. L’ancêtre, vous l’aurez compris, d’Instagram.

Pour vous aider à exceller dans cet exercice, voici quatre correspondances à lire de toute urgence. Picorez-les, vous verrez : ces lectures vont vous inspirer.

1. Soyez bref, comme Frédéric Berthet !

S’il existait un moyen de connaître les lecteurs de Frédéric Berthet, je suis sûr qu’on découvrirait qu’ils sont tous écrivains. Il est, en outre, le genre d’auteur qui a réussi à se faire un nom dans le milieu en écrivant très peu. La discrétion (et le talent) plutôt que l’omniprésence éditoriale. Il a publié seulement cinq livres de son vivant (dont Daimler s’en va, Simple journée d’été, Paris-Berry, Felicidad qu’on peut lire sans hésitation). Ont suivi ensuite un passionnant Journal de Trêve et ses Correspondances.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2face17d88 dead 4c46 82d4 010dd71447c9 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Frédéric Berthet à New York en 1985 (Norbert Cassegrain/Wikimedia Commons).

Parmi ses correspondants, on trouve Roland Barthes, Philippe Sollers, Éric Neuhoff, Patrick Besson, Michel Déon, Jean Echenoz, Patrice Abeille, Antoine Gallimard… Il écrivait de la rue Tournefort à Paris, mais aussi de New York où il était attaché culturel, ou encore de la Creuse où il pratiquait la pêche avec l’écrivain Jean Echenoz. Il lui écrit: « Je voulais te signaler deux échéances majeures : ouverture de la truite le 5 mars, ouverture générale le 21 mai. »

Dans ce volume paru à La Table ronde, il y a des lettres très sérieuses et d’autres plus légères, à l’image de ce courrier lapidaire envoyé à Éric Neuhoff, le 10 février 1990, avec deux questions essentielles et urgentes : 

« Qu’est-ce qu’un nœud de cravate à la Windsor ? Numéro de téléphone de Claudia Schiffer ? » 

On n’a pas, malheureusement, la réponse de Neuhoff.

Dans ses missives, Berthet est tour à tour ironique, farceur, mélancolique. Parfois, il écrit des cartes mais oublie de les poster. Il fait partie « de ces gens qui commettent l’erreur de ne jamais poster le jour même leur courrier », écrit-il à Michel Déon.

Dans une des dernières lettres du livre, il donne en post-scriptum son mail. Ensuite, plus rien, juste le brouillon d’une lettre pour Philippe Sollers. On imagine que Berthet a échangé davantage de mails avec ses correspondants, mais l’éditeur a pris le parti de les exclure de ce volume.

Une autre carte à Neuhoff : « Au fond, ce qui reste, dans la vie, c’est des souvenirs et du papier à lettres. » Et quelques cartes postales. (Et les livres de Frédéric Berthet.)

Il est mort dans la nuit du 24 décembre 2003. Le Père Noël n’y serait pour rien.

2. Soyez facétieux, comme Michel Déon !

Alice Déon se souvient : « J’ai toujours vu mon père répondre à son courrier le matin. Mise en train, volonté de maintenir le lien avec Paris, moyen de rompre avec la solitude de l’écriture ? Aurait-il moins écrit s’il n’avait jamais quitté le VIe arrondissement ? Sans doute. Toujours est-il qu’aérogrammes, cartes postales, enveloppes carrées blanches, longues enveloppes crème attendaient sur une petite table, prêtes à êtres postées le jour même ; à la Dapia à Spetsai, avant de partir se baigner, à Portumma ou dans une des boîtes aux lettres vertes en fonte, incrustées dans les murs de pierre sur les routes de campagne irlandaises, avant la promenade matinale. Chaque jour compte. L’heure du passage du facteur et la dernière levée du courrier sont parmi les premières choses retenues lorsqu’on arrive dans un pays étranger. »

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f469bc765 5b9b 4922 a79b 0a4967b77d27 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Michel Déon (Finitude)

Michel Déon et Félicien Marceau se rencontrent dans les années cinquante chez Plon. Ils vont prendre l’habitude de s’écrire fréquemment – même si Marceau a un faible pour le téléphone. Ils s’envoient des lettres et des cartes postales. Dans De Marceau à Déon, De Michel à Félicien (lettres 1955-2005), on parle littérature (Michel : «Je te l’ai peut-être avoué : malgré de rares tentatives, je n’ai jamais pu lire Zola. »), des livres qu’on écrit (Félicien : « À l’occasion (pour mon roman) pourras-tu me dire s’il y a un nom spécifique pour les canots pneumatiques dont sont munies les barques plus importantes et que moi j’appelle des zodiaques ? »), de ceux qu’on lit (Michel : « Je commence le Nourissier qui me plaît beaucoup dans les 50 dernières pages. ») et de ceux qu’on ne lira pas. 

Quand les deux hommes se retrouvent sous la coupole, – Félicien Marceau est élu en 1975 et Michel Déon en 1978 –, on plonge dans les coulisses du quai de Conti. On les voit à la manœuvre pour l’attribution des Prix que remet chaque année l’Académie française.

Déon s’amuse, surtout quand il choisit une carte postale pour son ami. Le 10 septembre 1986, il en envoie une de Spetsai. On y voit le buste d’une jeune femme se baignant complètement nue.

« Cher Félicien,

À toi seul je peux le dire : j’ai coupé la tête pour qu’on ne voie pas que c’est notre chère Marguerite Yourcenar, mais tu l’aurais peut-être reconnue à sa blondeur.

Je te laisse méditer.

Michel »

3. Soyez informatif, comme Henri Calet !

Henri Calet et Raymond Guérin font partie de ces écrivains méconnus de leur vivant, oubliés après leur mort, puis redécouverts bien des années plus tard par des éditeurs passionnés. Pour ces deux-là, citons par exemple les éditions Le Dilettante et Dominique Gaultier. Grâce à lui, et au méticuleux travail de Jean-Pierre Baril, on peut lire aujourd’hui la Correspondance que les deux écrivains ont échangée. Un mot sur eux.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f8d1b920e cf4b 4d90 a466 c636cf63ae29 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Henri Calet en 1943 (Bibliothèque Jacques Doucet)

Henri Calet a eu une vie rocambolesque que je ne me propose pas de raconter ici puisqu’il l’a fait avec brio dans La Belle Lurette. Disons, pour aiguillonner votre curiosité, que Calet – de son vrai nom Raymond Barthelmess – a exercé le doux métier de comptable. Un beau jour, il est parti avec la caisse (250 000 francs de l’époque, environ 10 années de son salaire) ce qui l’obligea à mener une vie clandestine à travers le monde et à changer d’identité. À son retour en France, il s’installe à Paris dans le quartier de la Butte aux cailles et écrit. Son premier roman est publié en 1935 chez Gallimard. Voilà pour lui.

Passons à l’autre. Il paraît – c’est Jacques Brenner qui raconte – que lorsque Raymond Guérin apporta le manuscrit des Poulpes à Gaston Gallimard, il déclara : 

« Après ce livre, j’entends être considéré comme le plus grand écrivain vivant. »

Gaston répondit sans sourciller : « Par qui ? » Guérin avait déjà une petite notoriété dans le milieu des lettres. Il avait publié des romans noirs, crus, poignants où il fouillait impitoyablement la vie provinciale, la famille, le couple, la nature humaine…

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2ff70e2048 aaf0 424b a683 59a95ba67651 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Raymond Guérin (Finitude)

Jean-Pierre Baril qui nous présente ce volume nous apprend que pour Calet, la correspondance a « une fonction pratique, professionnelle. Il accomplit cette tâche comme un mal nécessaire, s’y montre laconique et prudent ». Contrairement à Guérin qui lui « adore les lettres ». Il aime en recevoir et encore plus en écrire. Et ne partait pas au travail avant le passage du facteur.

Dans ces échanges, ils évoquent leur métier d’écrivain, les combines des prix littéraires, les difficultés du monde éditorial et s’inquiètent de leurs amis communs. Et ils se donnent des nouvelles essentielles : « Nous partons dans quelques jours pour Biarritz d’où je vous écrirai », prévient Henri Calet le 22 juillet 1945. Beaucoup d’échanges pour parvenir à se voir. Guérin : « Allons, mon cher ami, vous n’allez pas nous faire ce coup-là : passer en gare de Bordeaux sans vous arrêter !! Mais oui, rassurez-vous, vous pourrez louer à Bordeaux même vos places pour repartir pour Paris. Rien de plus facile. » Surtout aujourd’hui, ai-je envie d’ajouter.

4. Soyez grincheux, comme Jacques Chardonne !

Paul Morand et Jacques Chardonne ont échangé des milliers de courriers. Deux tomes de leur Correspondance sont parus chez Gallimard (le premier porte sur les années 1949-1960, le deuxième sur la période 1961-1963), un troisième devrait venir – c’est dire si les deux hommes avaient des choses à se dire.

L’un vit dans le Val d’Oise, l’autre dans le canton de Vaud (en Suisse). Pas facile de se retrouver au bar pour converser à bâtons rompus. Une bonne raison de devenir des hommes de lettres ! Près de 2 000, à la louche, qui témoignent d’une « grande liberté de ton et d’esprit », comme l’explique l’éditeur.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f8e735944 8586 4333 842a 2a94a8a91b51 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1
Paul Morand (Gallimard)

Pour ménager les susceptibilités (et sans doute leurs images ?), les deux auteurs avaient décidé que leurs lettres ne pourraient pas être lues avant l’an 2000. Ça devait leur sembler une année lointaine, comme la Saint-Glinglin. Mais on y est arrivé, bon an mal an.

Dans ces lettres, on trouve le meilleur comme le pire. Ça vient du caractère et des idées des épistoliers. Certains propos font bondir de son fauteuil. Surtout quand ils échangent quelques idées fumeuses sur les femmes, les Juifs, l’homosexualité, la République… Ils sont méchants, injustes, ouvertement antisémites et misogynes. Ils deviennent grinçants à propos de leurs confrères écrivains, les critiques, les gens… Conversations surprenantes de café du commerce, mais ce ne sont pas des propos en l’air. Il faut bien les avoir pensés, écrits, relus peut-être même recopiés avant de cacheter l’enveloppe.

Bref. Ils passent pour de vieux oncles grincheux, pas vraiment fréquentables, traversés par de magnifiques fulgurances (des oncles grincheux mais intelligents, donc). Si vous allez au bord de la Méditerranée et que vous ne voulez pas déprimer vos amis qui sont restés chez eux, une suggestion pour votre carte :

« Je sens, comme jamais encore, mon incompatibilité avec la Méditerranée. Cette mer si calme, un peu sotte, avec sa bordure de plages (à Sorrente) noirâtres, où l’eau remue des détritus sans avoir la force de les avaler, et de pâles grenouilles humaines, surtout cet air toujours chaud, qui vite vous rendrait bête. » 

Oh là là ! Jamais content M. Chardonne ! Fallait pas partir en vacances. Trouve-t-il une consolation à regarder les femmes qui marchent sur la plage ? Ah non : « Toutes les femmes ont l’air stupides ! »

Petit propos à méditer, au détour d’une lettre sur Les Liaisons dangereuses (le livre de Laclos, et non les amours de l’été) : 

« C’est bien avec les mauvais sentiments qu’on fait les bons livres, du moins en France, pays où la méchanceté, si elle n’a pas le génie anglais ou russe, trouve cependant sa forme la plus belle. Tout ce qui est tendre, humain, sensible y est ennuyeux et périssable. » 

Pensez-y pour vos cartes postales !

Jean-Baptiste Gendarme est l’auteur de cinq livres publiés chez Gallimard, dont "Chambre sous oxygène" (2004), "Le Temps qu’il faudra" (2009) et "Un éclat minuscule" (2012). Il a aussi écrit des ... Show More

Found this article relevant?

Mathieu Deslandes found this witty
1

0 Comments

Please log in or sign up to join the discussion