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BD : la vie en Chine vue par Li Kunwu, de Mao à nos jours

Geneviève Imbot-Bichet By Geneviève Imbot-Bichet Published on September 13, 2017

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This article was updated on October 26, 2017

Li Kunwu est désormais connu en France. À la publication d’Une vie chinoise, en 2009, le public a découvert un petit homme au visage souriant, au regard un brin malicieux.
Ce récit graphique, qui met en scène sa propre histoire, celle d’une vie ordinaire, semblable à celle de tant d’autres Chinois, a été réalisé avec Philippe Ôtier, co-scénariste, alors conseiller commercial à l’ambassade de France à Kunming.

Leurs routes venaient de se croiser et plusieurs années durant, les deux amis ont uni leurs talents pour raconter au travers de cette histoire personnelle celle de la Chine. Trois tomes composent ce récit autobiographique qui traverse soixante ans de l’histoire contemporaine chinoise. Kunwu évolue, il réfléchit, il veut poursuivre ce témoignage historique et donner la parole aux amis et camarades qui ont parcouru ces années avec lui. Il se lance alors, seul cette fois, dans la réalisation d’un nouvel opus en deux tomes intitulé Ma Génération, celle d’une vie chinoise.

Ardeur et passion révolutionnaire

Le titre est explicite : dans cette nouvelle BD graphique, Li Kunwu revient sur les personnages de sa trilogie Une vie chinoise, mais avec un regard plus personnel et l’envie de raconter chacun des destins singuliers de ses camarades d’alors.

Que sont-ils devenus, ces hommes et ces femmes nés avec la fondation de la République populaire de Chine dans les années 1950 ? Ils ont traversé la Chine de Mao, une Chine débordant d’ardeur et de passion révolutionnaire ; ils ont été pris dans l’engrenage de la folie collective des différentes campagnes lancées par Mao. Ils ont connu le Grand Bond en avant, la Révolution culturelle, l’enthousiasme et le désespoir. Ils se souviennent tous de ce qu’ils faisaient le jour de la mort de Mao.

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Ils ont connu l’arrestation de la Bande des Quatre, la montée au pouvoir de Deng Xiaoping et bénéficié de sa politique de réforme et d’ouverture. Le pays tout entier était alors animé par l’esprit de liberté qui soufflait de toute part, apportant l’espoir de la modernité et d’une vie peut-être enfin moins rude. Même si, comme le père de l’auteur, des milliers de Chinois enfin réhabilités après avoir passé plus d’une décennie dans des camps de rééducation par le travail n’ont pas oublié...

Ils connaissent désormais la révolution Internet, la frénésie de l’argent, une Chine plus que jamais socialiste qui conquiert le monde et l’espace, qui se hisse au deuxième rang des puissances mondiales. Comment ces hommes et ces femmes de la révolution maoïste ont-ils vécu cette évolution spectaculaire ? Quels sont les impacts de ces transformations violentes, tant politiques qu’économiques, sur ces destins personnels ? Car c’est cette génération qui a construit la Chine d’aujourd’hui.

On retrouve dans ce nouveau récit graphique une certaine nostalgie qui teintait déjà parfois Une vie chinoise. Li Kunwu est attaché à sa terre natale, aux petites maisons traditionnelles en bois, au destin des plus humbles, à une Chine discrète, la seule qu’il semble aimer et non celle du tout « made in China », des gratte-ciels, des jeux olympiques ou de l’exposition universelle.
Mais pour Li Kunwu, relater les histoires du passés c’est avant pour aider à construire l’avenir. 

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La Chine d’autrefois est-elle si lointaine que la jeunesse chinoise d’aujourd’hui semble déconnectée de son passé ? Les slogans révolutionnaires lancés par Mao lorsque l’agriculture devait prendre modèle sur la commune populaire de Dazhai sont-ils oubliés ? Li Kunwu veut témoigner pour triompher de l’oubli et faire acte de mémoire pour les jeunes générations.
Son récit se veut historique, sans portée politique. En abordant l’histoire de sa vie ou de celle de ses camarades et amis, c’est avant tout l’histoire de la Chine qu’il raconte, la Grande Histoire, puisque l’une et l’autre sont étroitement enlacées et que le va-et-vient entre l’une et l’autre est incessant. Li Kunwu est un humaniste lucide qui décrit au plus près de la réalité et de la vérité ce qui est survenu.

Le stylo comme arme

Né en octobre 1955, Li Kunwu est originaire de la ville de Kunming, capitale du Yunnan, une province située à l’extrême sud-ouest de la Chine, connue pour être rétive au pouvoir central. Très tôt, il montre une aptitude pour le dessin.

Influencé et fasciné par les ouvrages de propagande de l’époque, il décide de faire de son stylo une arme et de mettre son talent au service du peuple. Il devient dessinateur de propagande dans l’armée, « soldat-dessinateur », avant de devenir illustrateur pour Le Quotidien du Yunnan. En une trentaine d’années, il réalise plus de 40 000 dessins, édités dans les magazines chinois les plus emblématiques. Son trait est toujours resté proche de la caricature de propagande maoïste, mais on perçoit l’influence de plus en plus nette du manga. Son dessin, d’une grande spontanéité, à la plume et au pinceau, atteste de sa parfaite maîtrise.

Dans Ma Génération, celle d’une vie chinoise, où Li Kunwu est à la fois le dessinateur et le scénariste, sa force est de donner à voir au lecteur tant par le trait que le texte, tous deux sobres mais forts. Et en s’affranchissant de son co-auteur, du regard d’un scénariste occidental, Li Kunwu finit de montrer qu’il est un artiste à part entière. L’auteur s’estompe au profit de l’artiste contemporain aux perspectives avant-gardistes, mêlant figuration et codes de la bande dessinée.

Une œuvre abondante

Li Kunwu a déjà une œuvre importante traduite dans une quinzaine de langues :

- son deuxième ouvrage, Les Pieds bandés (2013), au trait torturé, offre un regard acéré sur cette terrible pratique qui marqua dans leur chair des millions de femmes chinoises. Coutume qui ne fut abolie qu’à la chute de l’empire.

La voie ferrée au-dessus des nuages (2013) retrace la véritable épopée de la construction d’une voie de chemin de fer dans le Yunnan où des ingénieurs français avaient été envoyés au début du 20e siècle pour cette réalisation périlleuse.

Cicatrices (2014) aborde le terrible épisode de l’occupation japonaise en Chine, en mélangeant dessins graphiques et documents photographiques inédits sur les conflits militaires qui ont opposés la Chine au Japon.

- Enfin, dans Empreintes (2014), Li Kunwu livre une réflexion sur la culture chinoise, suscitée par des questions posées à son fils parti vivre à Londres.

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Parallèlement à son travail de BD, Li Kunwu développe une activité artistique matérialisée par des dessins dont certains sont en très grands formats (160x160 cm). Ses portraits et ses scènes de rues témoignent de cette Chine dont il a connu nombre de soubresauts. En janvier 2015, une première exposition au musée Cernuschi, à Paris, a consacré ses premières réalisations.

Un autre projet d’exposition, présenté en France et en Chine en 2016, portait sur cette fabuleuse aventure technologique et humaine qu’a été le désenclavement ferroviaire de la Chine du Sud au siècle dernier, avec notamment une fresque de 21 mètres de long – à la mesure de cette épopée spectaculaire. 


Illustrations : © Li Kunwu

Geneviève Imbot-Bichet est une passeuse passionnée. Sinologue, traductrice, éditrice (elle a créé Bleu de Chine) et chargée de missions culturelles à la Maison de la Chine, elle a vécu en Chine ... Show More

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