We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

Avant "Chanson douce", six histoires de nurses diaboliques

Elisabeth Philippe By Elisabeth Philippe Published on March 27, 2017

Found this article relevant?

11
This article was updated on May 30, 2017

Mélange efficace de Mary Poppins et de La Main sur le berceau, Chanson douce, le livre de Leïla Slimani, avait tout pour devenir un succès. Couronnée par le prix Goncourt, cette histoire de nounou criminelle réveille un fantasme vieux comme la littérature : celui de la soubrette perverse et démoniaque. 

Souvent reléguées dans les arrière-cuisines de l’intrigue, les domestiques (presque toujours des femmes) n’ont pas forcément le beau rôle quand elles passent sur le devant de la scène. Parce qu’elles s’immiscent dans l’intimité et les secrets des maîtres, parce qu’elles donnent un coup de balai aux codes bourgeois, les bonnes incarnent une menace venue de l’extérieur qui plane sur le foyer, un risque de subversion et donc une idéale chair à fiction. Gouvernantes machiavéliques, servantes assassines ou nurses intrigantes… On ne peut jamais faire confiance au « petit personnel ».


La séductrice

Meta Holdenis, de Victor Cherbuliez

Publié en 1873, ce roman (consultable gratuitement sur gallica) est l’œuvre d’un écrivain oublié, pourtant membre de l’Académie française (comme quoi, l’immortalité est toute relative) et critiqué sans pincettes par Maupassant qui distinguait dans la prose de Cherbuliez « un modèle de douce platitude littéraire ». Voilà qui fait envie.

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2ffda9f605 7c30 4269 8891 cc088b3fe0f7 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Toutefois, Meta Holdenis n’est pas sans un certain charme. Discret, certes, mais réel. Cela tient en partie au personnage qui donne son titre au livre, la fausse ingénue Meta. Le narrateur rencontre la jeune femme à Genève. La première fois qu’il l’aperçoit, elle est en train de découper une volaille (attention, détail important : dans Chanson douce, la carcasse d’un poulet découpé par Louise, la baby-sitter, constitue un avertissement funeste). Le narrateur s’éprend de Meta, mais la belle semble lui préférer un baron. Plusieurs mois plus tard, il la retrouve par hasard chez son ami M. de Mauserre où elle est employée comme gouvernante de la fille du maître de maison, la petite Lulu. M. de Mauserre vit « dans le péché » avec une femme mariée à laquelle l’époux refuse le divorce. La vénale Meta va déployer mille ruses, chatteries et « yeux de carpe pâmée », pour détruire le couple illégitime et ensorceler M. de Mauserre. Parviendra-t-elle à ses fins ? A partir de l’archétype de la bonne séductrice, Cherbuliez brode un petit conte cruel, moralement ambigu.


L’affranchie

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f4006d0bb 4ed3 42bf 9bff c27a7d9c852a inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Du bout des doigts, de Sarah Waters

Un thriller érotico-historico-lesbien. Rien que ça. Sarah Waters, écrivaine britannique née en 1966, c’est la fille cachée de Wilkie Collins et de Sapho, de Charles Dickens et de Pierre Louÿs. 

Orpheline, abandonnée dans les bas-fonds de l’Angleterre victorienne, l’héroïne de son roman Du bout des doigts (paru en 2002), la petite Sue Trinder, est recueillie par un couple de Thénardier. Elle grandit dans cette maison misérable, qui reçoit régulièrement la visite d’un certain Richard Rivers, faussaire et escroc débonnaire qui se fait appeler Gentleman. Ce dernier s’arrange pour que Sue entre au service de Maud Lilly, jeune fille qui vit recluse dans le manoir de son oncle richissime. Le plan de Gentleman est simple et imparable : gagner la confiance de Maud par l’entremise de Sue, sa dame de compagnie, la séduire, l’épouser. Et toucher le pactole. 

Seulement, ce n’est pas de lui que Maud va s’éprendre, mais de Sue. A travers cette histoire d’amour, Sue s’émancipe non seulement de son statut de domestique, mais aussi de la domination masculine. Sensuel, haletant et riche en rebondissements spectaculaires, Du bout des doigts a récemment été adapté au cinéma par le réalisateur coréen Park Chan-wook (Mademoiselle). Délicatement sulfureux.


La dépravée

Germinie Lacerteux, d’Edmond et Jules de Goncourt 

« Vivant au dix-neuvième siècle, dans un temps de suffrage universel, de démocratie, de libéralisme, nous nous sommes demandé si ce qu’on appelle « les basses classes » n’avait pas droit au Roman (…) ; si, en un mot, les larmes qu’on pleure en bas pourraient faire pleurer comme celles qu’on pleure en haut. » 

Ainsi les Frères Goncourt, ces grands progressistes, préfacent-ils leur livre. Et la réponse à leur interrogation existentielle est : oui, les pauvres aussi font de bons personnages de roman et oui, on peut même compatir à leur sort ! 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f5120eb9b 73cc 4717 959d 2e1264f95ba5 inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Il faut dire que tout dans la vie tragique de la pauvre Germinie concourt à arracher des sanglots au lecteur. Placée très jeune dans un café, elle est violée, tombe enceinte et accouche d’un enfant mort. Elle trouve une nouvelle place chez Mademoiselle de Varandeuil, une vieille et brave femme, mais s’éprend du fils de la crémière du quartier, Jupillon, bien plus jeune qu’elle. Abusée, trompée, Germinie sombre dans l’alcool - vin blanc, eau de vie et absinthe pure - mangeant de l’ail et de l’échalote pour cacher « avec leur empuantissement l’odeur de ses ivresses » à sa maîtresse. De jour en jour, elle devient « cette créature abjecte et débraillée dont la robe glisse au ruisseau - une souillon ». L’histoire sordide, naturaliste, d’une déchéance.


La machiavélique

Rebecca, de Daphné du Maurier 

Chacune de ses apparitions provoque des frissons. Grande et maigre, vêtue de noir, « les grands yeux creux qui lui faisaient une tête de mort », Mrs Danvers est l’inquiétante femme de chambre de Manderley, la somptueuse demeure anglaise que découvre la narratrice. 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f662faacc 1b06 4265 a88d 1aa76fd809fb inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Cette dernière, jeune et naïve, vient d’épouser Maxim de Winter, veuf fortuné, qu’elle a rencontré à Monte-Carlo. L’ombre de la première Madame de Winter, Rebecca, morte noyée, plane dans toute la maison, inquiétante, écrasante. Vouant un culte à son ancienne maîtresse, Mrs Danvers ne tolère pas la présence de celle qui a osé prendre la place de « sa » Rebecca. Elle ne cesse d’humilier la jeune femme, de la manipuler, allant jusqu’à tenter de la pousser au suicide. 

Porté à l’écran par Alfred Hitchcock, le roman de Daphné du Maurier, qui s’inscrit dans la plus pure veine gothique, entretient le trouble sur la relation entre la gouvernante et sa maîtresse défunte. Quand le dévouement tourne à l’obsession amoureuse.


L’impitoyable

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f0881c77e 0dfe 450e 88dd 59d08b7f345e inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Le Journal d’une femme de chambre, d’Octave Mirbeau

Rien ne lui échappe. Célestine, la soubrette diariste de Mirbeau, saisit le ridicule et l’abjection de ses maîtres, les Lanlaire, consigne dans son journal leurs bassesses, « tout ce que peut contenir d’infamies et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens »

« Ramasser ces aveux, les classer, les étiqueter dans notre mémoire, en attendant de s’en faire une arme terrible, au jour des comptes à rendre, c’est une des grandes et fortes joies du métier, et c’est la revanche la plus précieuse de nos humiliations… » 

A travers son personnage, Octave Mirbeau observe la bourgeoisie par le trou de la serrure pour en faire un portrait peu reluisant. Mais c’est la nature humaine dans son ensemble qui ne semble pas trouver grâce à ses yeux. Esclaves des temps modernes (le livre est paru en 1900), surexploités, abusés, les domestiques ne sortent pas plus grandis du roman. La corruption gangrène la société tout entière et Célestine, qui deviendra à son tour « maîtresse », n’y échappera pas.


Les diaboliques

Les Bonnes, de Jean Genet 

Impossible de considérer l’infusion de tilleul comme une boisson inoffensive après avoir lu ce texte ou l’avoir vu sur scène. Comme le roman de Leïla Slimani, cette pièce écrite en 1947 a été inspirée à Jean Genet par un fait divers (bien que l’auteur ait cherché à minimiser cette influence) : le double crime commis au Mans en 1933 par les sœurs Papin sur leurs patronnes. 

Https%3a%2f%2fs3.amazonaws.com%2fuploads.bookwitty.com%2f60dc1c28 ee34 4d74 88ce 82fc0b94a03a inline original.jpeg?ixlib=rails 2.1

Dans l’œuvre de Genet, Claire et Solange, deux sœurs, sont toutes deux au service de Madame et cherchent à l’empoisonner. Au cours de ce qu’elles nomment la « cérémonie », elles mettent en scène le meurtre fantasmé de leur maîtresse. Claire revêt les vêtements de Madame tandis que Solange joue la domestique. Toute l’ambiguïté des rapports de domination, entre désir et dégoût, haine de l’autre et haine de soi, transparaît dans ce jeu de rôles pervers. Au sujet de Madame, Solange a cette réplique : 

« Sa bonté ! Ses diam’s ! C’est facile d’être bonne, et souriante, et douce. Quand on est belle et riche ! Mais être bonne quand on est bonne ! » 

La pièce de Genet a donné lieu à une adaptation au cinéma : La Cérémonie de Claude Chabrol, également basé sur le roman de Ruth Rendell, L’Analphabète, lui-même inspiré… du meurtre des sœurs Papin.

Née sous Giscard (fin de septennat), elle partage très tôt avec le président-académicien (auteur de l’inoubliable "Mathilda") un vif amour de la littérature, vouant une passion immodérée à Toto ... Show More

Found this article relevant?

11