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« Au Pitch Me, chaque soirée est un voyage dans un imaginaire différent »

Bookwitty Book Club By Bookwitty Book Club Published on March 14, 2018

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Le voyage, c’est avant tout une impression de décalage, ce fameux sentiment de dépaysement qui apparaît de façon impromptue, aux quatre coins du monde comme en bas de chez soi. Les Parisiens ont ainsi la chance de s’offrir une immersion dans les cultures africaines en se rendant au Pitch me, un bar et restaurant d’inspiration africaine, situé dans le vingtième arrondissement de Paris, qui a la particularité d’accueillir des événements littéraires, cinématographiques et musicaux. Deux lundi par mois, quatre auteurs, connus ou non, viennent lire leurs textes en cours de création devant le public du restaurant qui est invité à réagir et les conseiller.

À l’origine du Pitch me se trouve un trio d’amis : Mamadou Fédior, qui officie en cuisine et derrière le comptoir, Sonia Rolley, journaliste à RFI, et Karim Miské. Réalisateur et écrivain d’origine franco-mauritanienne, ce dernier est l’auteur du roman policier Arab Jazz, publié en 2012, récompensé à plusieurs reprises et unanimement salué par la critique.

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De gauche à droite : Karim Miské, Sonia Rolley et Mamadou Fédior.

C’est au Pitch me, en sa présence, que se tiendra la troisième édition du Bookwitty Book Club, le mardi 27 mars à 19h. Une soirée placée sous le signe de la gastronomie et de la littérature africaine. En attendant de pouvoir goûter le célèbre poulet yassa du chef accompagné d’un jus de gingembre maison, nous avons interrogé Karim Miské sur son projet, son rapport à la littérature et les auteurs africains qui ont marqué son parcours. De quoi vous mettre l’eau à la bouche.

Comment définiriez-vous le projet du Pitch me ?

« Pitch me » en wolof veut dire « oiseau ». Le Pitch me est un restaurant africain sénégalais multiculturel. À travers nos événements, nous souhaitons mettre en avant le côté vivant de la culture. Nous avons voulu mélanger les publics et le pari est réussi : notre public est fidèle, on y retrouve aussi bien des personnes intéressées par la littérature, des curieux, que des gens venus pour la cuisine africaine. Il y a de bons auditeurs, des gens qui participent et veulent découvrir de nouveaux auteurs. Sans oublier les proches des écrivains.

Quels sont les liens entre la littérature et la cuisine que vous servez et présentez au Pitch Me ?

Le lien se fait avant tout dans le corps et l’esprit du public. Au Pitch me, les plats sont servis en même temps que les lectures. Le service ne s’arrête jamais. On écoute de la littérature vivante en mangeant un mafé. Chaque soirée est un voyage dans un imaginaire différent. Nous ne faisons pas de programmation thématique. Nous construisons notre programme en fonction des disponibilités des auteurs.

La lecture est souvent considérée comme une activité solitaire. En quoi la littérature peut-elle être un projet fédérateur ?

La littérature devient vivante, dès lors qu’on abat la barrière entre l’auteur et le public. En France, on a tendance à penser que l’auteur a une aura, que pour écrire il suffit d’avoir du talent. Or derrière un livre, il y a aussi beaucoup de travail, un artisanat. Plus de 200 auteurs sont passés sur la scène du Pitch me, comme Thomas B. Reverdy ou Ingrid Thobois. Nous ne faisons aucune hiérarchie parmi les auteurs. Peu importe qu’ils soient publiés ou non, notre scène est ouverte. Et si l’auteur parvient à faire publier son texte, nous lui consacrons une soirée.

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Soirée Work In Progress au Pitch me.

Les Work In Progress du lundi ne sont pas un événement littéraire au sens traditionnel mais un véritable service public pour auteurs. L’objectif est de permettre à un auteur de tester en direct la réaction du public sur son texte. Il peut ainsi revenir sur des détails, des sonorités. Lire son texte en public donne confiance et permet d’avancer. Quant au public, il trouve lors de ces soirées une place naturelle dans la littérature qui devient vivante sous ses yeux, et participe de cette façon au processus créatif. C’est de la maïeutique en collectif !

Pour conserver une trace de ces moments, nous publions une revue, WIP – Littérature sans filtre, qui reprend les textes de quinze auteurs sélectionnés, passés sur la scène du Pitch Me. Nous préparons actuellement le numéro 2.

Dans votre livre N’appartenir, vous soulevez la question problématique de l’identité, de l’appartenance. Quelle notion d’identité souhaitez-vous véhiculer au Pitch Me ?

L’Afrique fait partie de notre identité à tous les trois. Nous sommes naturellement ouverts et en quelque sorte hors catégorie du fait de notre parcours. Nous naviguons dans des univers différents. Notre démarche, c’est d’emmener les gens vers un ailleurs.

Vous venez du documentaire, un univers marqué par un souci de réalisme. Pourquoi avoir choisi le roman policier pour traiter du sujet du fondamentalisme et des difficultés du vivre ensemble aujourd’hui ?

Je suis un grand lecteur de polars. J’en lis depuis que j’ai 13 ans. Dans les romans policiers, j’ai découvert la vérité que les adultes voulaient me cacher, à savoir le fait que les hommes sont fondamentalement mauvais ! Dans mes documentaires, j’ai voulu partir des faits et déconstruire les idées reçues. Le passage à la fiction m’a semblé une continuité logique. Un peu comme dans la série Black mirror, le polar permet d’explorer le côté le plus dark des choses, notre rapport au mal, ce qu’on ne peut pas toujours faire dans des documentaires. Un bon polar permet de tendre un miroir à ses contemporains.

La littérature permet-elle de mieux se connaître ?

Bien sûr. Pour écrire un meurtre, il faut le commettre. Pour écrire un roman policier, il faut accepter d’explorer des choses qu’on ne veut pas savoir sur soi-même. Le fait de l’accepter est important. On entretient tous un rapport particulier au mal. Les gens qui refusent de voir le mal en eux sont à mes yeux les plus inquiétants !

Dans vos documentaires tout comme dans Arab Jazz, vous cherchez à dissiper les frontières et les idées reçues. D’après vous, quelles sont les idées reçues les plus tenaces et les plus injustifiées que porte aujourd’hui le monde occidental sur l’Afrique ?

Une idée reçue est toujours injustifiée. Et dans le cas de l’Afrique, il n’y a pas plusieurs idées reçues mais une seule et elle est immense ! L’Afrique a hérité du regard le plus négatif qui soit au monde, du fait de la hiérarchisation des races inventée par une partie des élites européennes pour justifier la traite négrière et la colonisation. Les crimes commis au cours des siècles passés ont symboliquement condamné les Africains à occuper la dernière place de l’Humanité. Mais au XXIème siècle, une nouvelle Afrique est en train de s’inventer. C’est cela qui dissipera les idées reçues.

Actuellement je travaille avec l’historien Pierre Singaravélou et mon complice Marc Ball sur une série autour de la décolonisation. Dans ce travail, nous cherchons notamment à comprendre comment s’est opéré le passage du racial au culturel. Par ailleurs, mon rêve est d’organiser des ateliers d’écriture sur le polar, en Afrique. En France, on trouve de plus en plus d’ateliers sur la littérature de genre. En Afrique francophone, cela n’existe pas. Le milieu académique africain est encore un peu frileux pour s’ouvrir au polar et à la littérature de genre. J’aimerais beaucoup contribuer à changer les mentalités.

Quels écrivains africains vous inspirent le plus ?

J’ai beaucoup lu de littérature africaine quand j’étais jeune, essentiellement d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. J’ai fait l’école de journalisme à Dakar, une école interafricaine. Ça a nourri mon regard sur le monde. Ma première découverte fut Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma. Du même auteur, je recommande Monnè, outrages et défis. Parmi les autres lectures qui m’ont le plus marqué : Les Bouts de bois de Dieu d’Ousmane Sembène et Jazz et vin de palme d’Emmanuel Dongala. Bien sûr, j’ai aussi lu Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie.

Dernièrement, j’ai été scotché par le roman La Maison au bout des voyages, de l’auteure kenyane Yvonne Adhiambo Owuor. C’est un très beau livre, très éloigné de mon univers.

Au Pitch me, on écoute des lectures, mais on mange aussi ! Quel est votre plat africain préféré ?

Un basic ivoirien : le kedjenou attieké. C’est une pintade cuite à l’étouffé dans une délicieuse sauce tomate, avec des oignons émincés. 


Vous souhaitez rejoindre le Bookwitty Book Club ? Inscrivez-vous sur notre page Meetup et rendez-vous le mardi 27 mars à 19h, au Pitch me, 34 Rue du Surmelin, 75020 Paris. 

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