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Au nom du père, du fils et du roi

Hicham Tahir By Hicham Tahir Published on October 31, 2017

Si Shéhérazade existait aujourd’hui, elle aurait lu Le Fou du Roi de Mahi Binebine. Ce roman, montrant tout le génie de son auteur, pousse son lecteur à suivre l’histoire de son personnage jusqu’au dernier souffle. Un livre prenant, surprenant, transperçant dans chacune de ses pages. Un récit digne des Mille et une Nuits au XXe siècle.

Trinité marocaine

L’histoire se passe dans un Maroc que l’on situerait entre les années 1960 et 1990. Trois personnages font courir les pages. Un roi. Un bouffon. Et le fils du bouffon. Trois hommes aux destins différents. Trois hommes dont les pouvoirs divergent. Un roi humain et tyrannique. Un père fort et indigne. Un enfant maudit et courageux.

Et au milieu de cette trinité, une meute de personnages, chacun son histoire, chacun sa fraîcheur, chacun son destin. D’autres qu’on aimerait aimer. D’autres qu’on apprécie détester.

Les destins s’entremêlent. Tout le monde touche à tout. Même les plus timides. Aucun personnage n’est là de trop. Même les plus timides et les moins présents.

Tout est conté par le père. Il relate son histoire. Celle de son maître. Celle de l’entourage du maître. Celle de son fils, comme il la voit. Et sa vie, à lui. Le père.

Palais-pays

Tout se passe entre les murailles d’un palais. Il y a beaucoup de vie. Des vies. Cette vaste résidence devient un pays. Un pays d’hommes, où quelques femmes osent pénétrer. Une vue très intimiste de ce qui se passe dans l’endroit le plus protégé et le plus secret du pays. Des détails font voyager, rêvasser.

On reconnaît très vite qui est ce fameux roi du palais. Et on bouscule son intimité. Celle de sa cour aussi. Dans la pudeur et le respect absolu. Le lecteur peut, lui seul, porter son jugement sur ce grand personnage. L’aimer ou le haïr. Le comprendre ou désapprouver sa personne.

Tout est calculé, à la minute près. Et la minute, elle est dictée par le roi. Le personnage principal nous manipule telles des marionnettes. Alors que lui-même n’est que la marionnette d’une autre vie. Celle de son maître.

Palace-prison

Les hommes dans les terres de ce livre n’ont qu’une vie. Le passé de ces gens. Les origines. Et leur présent : les voici parés de malice et de fourberies dans un palace-prison. Puis l’auteur nous mène vers leur futur, incertain. Comme s’ils n’en avaient pas.

Par la suite, on survole la vie du fils. On ne le connaît pas assez. Du moins au début. Ses silences crient. Son absence pèse. Il est à la fois l’épicentre des pensées de son père, et son tabou. Le fils existe par sa mère. Par soi-même. Par son action et ses répercussions.

On voyage, très loin, tout en restant au même endroit. On suspecte et comme cela se faisait durant le règne d’Hassan II, on écoute, on se parle à soi-même, mais jamais aux autres, ni à voix haute. On subit. On observe. Et on vit.

À la fin du livre, on rêve de connaître la suite. De voir le père demander ce qui s’est passé. Chercher le fils, le serrer dans nos bras, écouter ses silences. S’approcher du roi et l’observer. Observer sa folie. Sa grandeur. Et devenir aussi, le fou du roi.

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Auteur et journaliste, Hicham Tahir vit entre Paris et le Maroc. Il a publié "Jaabouq" (2013) puis "Les Ruelles des pieds nus" (2015) chez Casa Express Editions.

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