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Ados connectés : 10 romans pour développer leur esprit critique

Perrine Parageau By Perrine Parageau Published on June 12, 2017
This article was updated on July 11, 2017
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Les nouvelles technologies ont révolutionné nos modes de vie. Pour preuve, la parution de ce Guide de survie pour accros aux écrans de Serge Tisseron (dès 9 ans) qui explique leur formidable intérêt mais alerte également, sans diaboliser, sur les dangers de l’utilisation excessive des ordinateurs, consoles, portables, etc. Qu’en dit la littérature pour ados ? Sur la base des toutes dernières avancées en la matière, les auteurs s’essayent à « pousser » encore plus loin ces technologies. 

Expériences immersives

L’objectif est d’en explorer les plus excitantes potentialités mais aussi les dangers, essentiellement celui d’une déshumanisation provoquée par la fréquentation massive des mondes virtuels (moindre capacité à communiquer, à s’émouvoir, affaiblissement du contact avec la nature...) et celui d’un pouvoir concentré entre les mains d’un petit nombre d’individus capable, grâce à ces technologies, de manipuler voire de contrôler les masses.

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Par exemple, dans E-machination, Arthur Ténor extrapole la dimension immersive des jeux vidéo. Ordinateur high tech, lunettes à vision en relief, webcam 3D, l’écrivain convoque des technologies qui, dans la « vraie vie », n’ont déjà rien d’improbable. C’est évidemment fascinant. Cela laisse aussi le lecteur songeur. Jusqu’où espérer cette immersion ? Quel plaisir/intérêt en retirer ? Quels impacts physiques sur les individus ?

Atteinte aux libertés individuelles

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La digitalisation du monde interroge les fondements les plus cruciaux de nos sociétés. C’est également ce dont rend compte Little Brother (hommage revendiqué au personnage Big Brother d’Orwell). Ce roman d’anticipation signé Cory Doctorow imagine une société américaine, accablée par la recrudescence des attentats, qui développe une politique de sécurité portant atteinte aux libertés et à la vie privée. La technologie sert de moyen de contrôle : caméras, mouchards implantés dans les ordinateurs, espionnage des activités sur le dark web, la population est placée sous haute surveillance. On sort sonnés de cette lecture qui décrit comment la société est désormais articulée et fondée sur le numérique, ne pouvant être pleinement gérée que par ceux qui le comprennent et en maîtrisent les codes.

Humains vs robots

Conquête spatiale, industrie, médecine ou tout simplement usages domestiques, les utilités de la robotique semblent infinies et métamorphosent nos sociétés à une vitesse qui donne parfois le vertige. Si on pense au film « Metropolis » de Fritz Lang, on se dit que l’idée de robots qui se retournent contre leurs concepteurs ne date pas d’hier. Le développement actuel des intelligences artificielles est tel que ce scénario de SF d’une « superintelligence » ou programme capable de rivaliser voire de surpasser le cerveau humain, n’a plus rien de lointain. Il fait même débat au sein de la communauté scientifique, notamment avec les propos chocs de l’astrophysicien Stephen Hawking qui a déclaré que les intelligences artificielles pourraient un jour mettre fin à l’espèce humaine.

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Les romans ados se font eux aussi les échos de cette menace. Dans BZRK, Michael Grant décrit, par exemple, une guerre qui se livre à l’insu des humains, dans leurs propres chairs, par deux types de machines nanotechnologiques : les « biobots » ou robots biologiques et les « nanobots » qui ont une structure mécanique.

En contrepoint de ces projections peu rassurantes, on peut se poser la question d’une humanité gouvernée plus rationnellement par les intelligences artificielles. Loin des « passions » humaines, des rivalités et soifs de pouvoir qui obscurcissent le jugement, l’administration du monde par des robots permettrait-elle d’éviter des guerres ? De répartir plus justement les richesses ?

L'homme bionique

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Plus intéressantes encore sont les interactions qui se multiplient entre hommes et machines. L’homme est de plus en plus à même de transformer son corps, d’y implanter des technologies pour se soigner (cœur artificiel), pour améliorer ses performances physiques (prothèses bioniques) ou ses compétences cognitives (pourra-t-on, un jour, ajouter une capacité de mémoire comme avec un disque dur ?). Autrement dit, l’homme tend à se doter de technologies, il se « robotise ». Les bénéfices sont évidents mais quels sont les risques ? Une potentielle immortalité pour ceux qui auraient les moyens de payer leur « réparation » comme on le ferait avec les pièces détachées d’une machine ? Le roman de SF Le Mensonge dans les veines de Michaël Espinosa raconte, à ce propos, le sort d’une adolescente qui découvre qu’elle est un soldat nano-contrôlé.

Le robot humanisé 

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Inversement, certains robots dits androïdes ressemblent de plus en plus à l’être humain. Ils s’humanisent comme dans la série télévisée « Humans ». La ressemblance n’est pas seulement physique et l’idée de futurs robots capables de penser par eux-mêmes, voire d’éprouver des émotions fait déjà son chemin. Au cinéma, c’est un logiciel de smartphone à la voix féminine qui parvient à faire tomber amoureux d’elle un humain, le propriétaire dudit téléphone (voir le film « Her » de Spike Jonze). En littérature ado, c’est le roman No man’s land de Loïc Le Pallec qui invente un futur post-apocalyptique où la Terre, anéantie par des explosions nucléaires, est sauvée par une poignée de robots programmés pour dépolluer la planète et faire renaître la nature.

Ces robots sont capables de communiquer entre eux et manifestent des qualités supra-rationnelles : une conscience, des sentiments, un sens critique voire anticonformiste et même un goût pour l’art. On s’attache vite à ces antihéros, à contre-courant des profils anxiogènes de robots exterminateurs. L’ouvrage invite à des réflexions passionnantes. Les machines seront-elles capables un jour de réfléchir et d’agir par elles-mêmes ? Devra-t-on, dans ce cas, leur accorder un statut, leur reconnaître une forme d’individualité ? Les traiter à l’égal des êtres humains ?

Booster son égo

À l’heure où un réseau social chasse l’autre, les moyens d’expression du « moi » sur la toile pullulent. On pense aux blogs, bien entendu. Mais aussi aux jeux en ligne qui offrent l’opportunité de créer un avatar « booster » d’égo : il s’agit moins de créer un héros à son image que d’exprimer l’image qu’on se fait de soi ou celle qu’on désirerait donner. Les mondes virtuels permettent ainsi à ceux qui le souhaitent d’échapper à leur identité, voire d’en inventer une nouvelle, d’être un autre, de vivre ailleurs, dans un monde plus conforme à leurs envies et à leurs rêves.

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Un thème dont s’emparent Christophe Lambert et Sam Van Steen dans La Fille de mes rêves : les utilisateurs de l’espace virtuel Real Dream se connectent grâce à une Dreambox qui leur permet, à travers un avatar, de faire des rencontres au sein de rêves pré-conçus, qu’ils choisissent comme un décor de jeu vidéo. Les médias signalent une recrudescence d’absentéisme dans les entreprises. La population fuit la réalité, se coupe peu à peu de sa vie professionnelle, sociale et préfère la « vie » virtuelle de Real Dream. L’ouvrage soulève une question brûlante : dans la mesure où les technologies du virtuel ouvrent le chemin vers une utopie de plus en plus « atteignable », à condition de s’extraire de la réalité, ne risque-t-on pas de sacrifier cette réalité ? Une utopie ne cesse-t-elle pas de l’être si elle est vécue ?

Web addicts

On sait combien l’absence de connexion peut mettre un ado sur les nerfs… Plusieurs romans en parlent d’ailleurs avec humour. Pour Mentine, quatorze ans, ça s’apparente à un film d’horreur (voir le tome 1, Privée de réseau ! de Jo Witek), la punition absolue, bien au-delà de la sanction qu’ont cru lui infliger ses parents en l’envoyant en vacances d’été au fin fond du Larzac ! Pour Sam, seize ans, qui est un web addict (voir Im@mie de Susie Morgenstern), on frôle carrément la cure de désintox quand il est envoyé en pension chez sa grand-mère !

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Il y a de quoi sourire, en effet. Mais cela traduit aussi un fait important : les adolescents d’aujourd’hui n’ont pas connu le monde sans internet. Le rôle du roman est donc d’autant plus crucial. Il permet de mettre à distance, de développer une conscience critique pour évaluer les dangers potentiels de la toile, les dérives (cyber-harcèlement, cybercriminalité, etc.), et s’en prémunir en développant un usage raisonné des nouvelles technologies en général, et des réseaux sociaux en particulier. 

Monde virtuel vs real life

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Ainsi, dans Réseau(x) de Vincent Villeminot, les personnages semblent accorder plus d’importance à leur identité virtuelle qu’à leur propre existence. Sur le réseau social DreamkatcherBook (sorte de mega Facebook), Cèsar Diaz, millionnaire d’à peine vingt ans, a créé le PIFR (Play It For Real), où des milliers de participants se rassemblent pour jouer in real life des épisodes de jeux vidéo, quitte à tuer (et à filmer en direct pour satisfaire la curiosité morbide des spectateurs). Par ce prisme très sombre, l’écrivain montre la puissance des réseaux sociaux, leur potentiel mortifère, tant sur nos comportements (les phénomènes de groupe) que sur notre rapport au virtuel qui ne nous dégage pas, contrairement aux apparences, des questions de responsabilité et d’éthique. Des questions que le lien social physique, sensible et bien vivant, servira toujours mieux que n’importe quel chat ou émoticône. 

Perrine Parageau est titulaire d'un doctorat sur le récit d'enfance contemporain. Spécialisée en littérature de jeunesse, elle travaille pour l'édition et la presse écrite.

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