We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

Trois destins de femmes, trois histoires vraies

Photographe des marginaux, médecin résistante, séductrice et intrigante politique : la vie de ces trois femmes offre une matière fictionnelle formidable. Parfois l’écrivain n’a même pas besoin d’en rajouter tant la réalité a du souffle romanesque. Il lui reste alors à jouer avec, à la tordre, choisir un angle, une voix narrative pour redonner vie à ces figures féminines fascinantes.

C’est ce que réussit la romancière Sandrine Roudeix qui se glisse le temps d’une nuit, la dernière d’une existence riche en expériences, dans la peau torturée de la photographe Diane Arbus dans Diane dans le miroir.

Dans Madeleine Pauliac, l’insoumise le scénariste Philippe Maynial choisit la forme du roman historique pour mettre en lumière le destin haletant de sa tante Madeleine Pauliac, jeune médecin de la Croix-Rouge à Varsovie à la tête d’un escadron qui vola notamment au secours des rescapés des camps.

Quant à Stéphanie des Horts, elle se plonge avec Pamela dans la vie romancée de Pamela Churchill, épouse du fils de Winston, très proche de son beau-père, véritable courtisane, obsédée par les hommes et l’argent.   

Diane, Madeleine et Pamela : partez à la rencontre littéraire de ces femmes au destin romanesque. 

Diane dans le miroir

New York, 1971, la moiteur d’une nuit d’été. Une femme seule se regarde dans le miroir de la salle de bain. Elle a photographié des centaines de gens, des personnalités, des marginaux aussi, car Diane est comme ça, elle n’y peut rien, elle pose l’acuité de son regard sur les freaks, ceux qui n’ont rien, ceux qui sont bizarres. Prostituées, travestis, nains, handicapés, dans l’humain c’est la différence qui a toujours fasciné cette femme indocile. Cette nuit ce sera elle, et elle seule, qui aura une place sur la photo. Un autoportrait pour laisser une trace. Un autoportrait qui permet à la romancière Sandrine Roudeix, elle-même photographe, non pas de se lancer dans une biographie classique de Diane Arbus, mais de raconter par petites touches l’intimité féminine de l’artiste. Elle l’explique d’emblée : « Si les dates, les lieux, les événements, beaucoup de mots, rêves et pensées sont vrais, j’ai inventé tout le reste, rempli les blancs, relié les pointillés, projeté les ombres et les lumières à mon idée pour faire de cette nuit le sujet de mon imagination. Ma façon à moi de donner vie à ce qui étouffe sous les apparences. »

Diane dans le miroir, c’est une puissante introspection, une plongée dans les désirs d’une femme qui n’a rien épargné à son corps, jouissances, douleurs, pourvu que ça vibre à l’intérieur. Sandrine/Diane le clame : « En sexualité comme en photo, ce qui m’a toujours excitée, c’est l’interdit. On ne se refait pas. La perversion aussi. J’ai envie de savoir jusqu’où les sexes peuvent s’emboîter. Oui, les sexes. Au pluriel. C’est plus intense. Même si ce n’est pas toujours à plusieurs. » Ou encore : « Je ne supporte pas qu’un homme ne veuille pas coucher avec moi. Ce qui m’intéresse, c’est de me frotter à un corps que je ne connais pas, la différence, la nouveauté, l’exploration. Éprouver l’authenticité physique et émotionnelle de chacun. Et le moyen le plus rapide et le plus sûr pour appréhender quelqu’un au-delà des apparences a toujours été à mon sens de baiser avec lui. »

Diane est intense, sans cesse secouée par les démons de la passion, la peur de l’abandon, elle cherche le cadre, le bon angle, la lumière qui pourra le mieux révéler son intériorité tourmentée. Et le roman de Sandrine Roudeix, une célébration de la « face obscure et écorchée de l’humanité ». 

Buy the Book
Madeleine Pauliac, l'insoumise

En 2016, la réalisatrice Anne Fontaine était sélectionnée au festival de Sundance pour son film Les Innocentes. Le film saisit par l’audace de son propos : des religieuses polonaises violées par des soldats russes pendant la seconde guerre mondiale donnent naissance à leurs bébés grâce à l’aide d’une incroyable jeune femme prénommée Mathilde. Cette histoire est d’autant plus effroyable qu’elle est inspirée d’une histoire vraie. Mathilde c’est Madeleine Pauliac, médecin de la Croix-Rouge, qui fût à la tête en juillet 1945 à Varsovie de l’Escadron bleu : onze jeunes femmes chargées de rapatrier les blessés français, de porter secours aux rescapés des camps de Majdanek en Pologne et de Dachau en Allemagne. L’Escadron bleu a accompli plus de deux cents missions de sauvetage en Pologne.

Cette histoire a longtemps été tue jusqu’à ce que Philippe Maynial, homme de cinéma et neveu de Madeleine Pauliac, parte sur les traces de sa tante. C’est lui qui débusque cet épisode des religieuses violées. Il en fera d’abord un scénario qui servira de base à Anne Fontaine. Puis il poursuit ses recherches pour redonner vie à son aïeule qui a tant de fois serré les dents, surmonté sa peur devant l’horreur d’un pays en ruines, et qui a œuvré dans l’ombre des livres d’histoire. Ainsi, Madeleine fut envoyée à Majdanek sur ordre du général Catroux, ambassadeur à Moscou, pour comprendre les rouages du camp de concentration. Au travers de Madeleine l’insoumise, c’est toute une part méconnue de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui se révèle aux lecteurs, non seulement le sort des prisonniers et blessés français bloqués sur le front de l’Est à la fin du conflit, mais aussi la bravoure de ces femmes au dévouement hors norme.  

Buy the Book
Pamela

« Pamela Churchill va tout donner, son corps, son cul et même son coeur. Frivole, ravissante, arrogante, Pamela fait sienne la devise “choisis l’homme qui te mènera à la gloire”. Ils se nomment Churchill, Ali Khan, Agnelli, Sinatra, Harriman, Druon, Rothschild… Ils possèdent un chic fou, le pouvoir, l’esprit et la fortune, ils vont la porter au firmament. Paris, Londres, New York, Washington, la petite aristocrate anglaise aux joues trop rondes traverse bientôt les océans et devient la reine d’un jeu politique dangereux. Du Blitz où elle espionne pour le compte de Churchill aux ors de la République française où elle est l’ambassadrice de Clinton, Pamela Harriman marque le siècle d’une empreinte à nulle autre pareille. »

Voilà comment Stéphanie des Horts parle de son héroïne. Vous avez certainement en tête cette image de l’ambassadrice des États-Unis toute « choucroutée » mais vous ignorez peut-être quelle incroyable séductrice elle était. Pamela a été la belle-fille de Winston Churchill qui l’initia à la politique. Elle devient vite une véritable courtisane, ses proies ne sont que des hommes puissants. Elle sera l’amante passionnée de Ali Khan qui lui préféra finalement Rita Hayworth, et de Gianni Agnelli son grand amour. On lui a prêté des liaisons avec Frank Sinatra et le prince Rainier de Monaco. Elle en a eues avec le légendaire reporter Edward R. Murrow et avec le célèbre armateur Stávros Niárchos. Elle a épousé William « Leland » Hayward, producteur de Broadway. Plus tard elle retrouvera un ancien amant Averell Harriman, ambassadeur de Roosevelt à Moscou, administrateur du plan Marshall et plus tard gouverneur de l'État de New York. Il a 80 ans, elle 51. Avec lui elle soutient le Parti démocrate aux USA et organise des dîners payants avec les plus grands de ce monde. Ainsi l’intrigante aide-t-elle Bill Clinton à accéder au pouvoir.

Sa mort soudaine, en 1997, dans la piscine du Ritz, fournit une fin digne d’un film hollywoodien.

Lors de ses obsèques, le président Clinton a déclaré qu’elle était « une des personnes les plus douées [qu’il ait] rencontrées ». Pour le président Chirac, « elle était l’élégance même. Elle était la grâce ».  

Buy the Book

Photos (de gauche à droite) : Pamela Churchill, Diane Arbus et Madeleine Pauliac.

Adeline Fleury est l'auteure du "Petit éloge de la jouissance féminine" (éd. François Bourin), de "Rien que des mots" (éd. François Bourin) et de "Femme absolument" (JC Lattès).

0 Comments

Please log in or sign up to join the discussion

Related Posts