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Romans, nouvelles et haïkus : un été japonais

L'été japonais se caractérise par un air saturé d'humidité et une chaleur intense. Pour se rafraîchir, rien de tel que des tranches de pastèque ou de la glace pilée couverte de sirops très colorés. Le soir, on fait un tour dans les fêtes de quartier qui dressent leurs étals dans l’enceinte des temples shintô, on allume des feux d'artifice au bord de l’eau, on poursuit les lucioles ou bien on se raconte des histoires de fantômes. Et on lit, bien sûr : des romans-fleuves, des nouvelles, de la poésie… Petite liste de lecture pour un été japonais.

L'Été

Deuxième volet d’une tétralogie intitulée « Quatre saisons », L’Été est la seule œuvre traduite à ce jour d’un auteur de premier plan disparu en 1998. Romancier prolixe, également poète, critique et traducteur de français (notamment de Gérard de Nerval), Shinichirô Nakamura est considéré comme le Marcel Proust japonais. Cette œuvre-fleuve (600 pages) ambitieuse et érudite, nous plonge par flashbacks dans la mémoire d’un homme vieillissant qui émerge de la dépression nerveuse, mal soignée, dans laquelle il a sombré après le suicide de sa femme. Présent et passé se confondent, tandis qu’il retrouve son passé, se remémore ses aventures érotiques et les femmes – principalement une certaine « Mademoiselle A. » – qui ont compté dans sa vie. Si la subtilité de l’analyse psychologique et le style – restitué avec talent par la traductrice, Dominique Palmé – sont en effet proustiens, les références à la littérature classique de Heian (Xe siècle) et l’arrière-plan philosophique lié au bouddhisme ou à la théorie de la réincarnation, appartiennent bel et bien à la culture japonaise et rendent la lecture d’autant plus passionnante.

La Mort en été

Dix nouvelles de l’un des plus grands auteurs japonais du XXe siècle. Après avoir lu le texte qui donne son titre au recueil, on ne verra plus la mer de la même façon. D’autres nouvelles changent notre regard sur les objets du quotidien (« Bouteille Thermos »), les jeunes couples désargentés (« Trois millions de yens »), ou encore les cerisiers en fleurs (« Les langes »). Car chez Mishima, le deuil, la mort ou la perversité ne sont jamais bien loin de la surface lisse des êtres et des choses d’apparence anodine. Avec un sens de l’observation extraordinairement aigu et non dénué d’humour, Mishima dépeint aussi bien le lointain passé de la Capitale impériale que le Tokyo déjà consumériste des années soixante, exerçant son œil affûté sur tous les milieux : geishas, acteurs de kabuki, hommes d’affaires, grandes bourgeoises ou simples domestiques… La soif de pureté et d’absolu, où l’amour se mêle à la mort, prend le dessus dans deux textes magnifiques : « Le prêtre du temple de Shiga et son amour », sorte de fable bouddhiste située dans le Japon médiéval, et « Patriotisme », nouvelle qui semble annoncer, avec un luxe de détails atroces, le rituel du suicide que Mishima accomplira lui-même le 25 novembre 1970.

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La Fin de l'été

Voici la doyenne de la littérature japonaise. Féministe, farouchement anti-nucléaire, cette romancière, qui fut l’amie de Kawabata et de Mishima, a accumulé une œuvre considérable, encore très peu traduite.

La fin de l’été, roman autobiographique, fit scandale lors de sa sortie en 1963 et lui valut le prix de la Littérature Féminine. On y voit une femme hésiter entre le jeune étudiant pour lequel elle a abandonné le foyer conjugal et l’écrivain marié dont elle est ensuite tombée amoureuse. L’héroïne évolue entre ces deux amours, au rythme des saisons et de splendides descriptions de la nature. Aujourd’hui, tout parfum de scandale a disparu de cette ode sensuelle à la liberté de la femme, mais le roman reste plaisant à lire. La jeune romancière aux mœurs jugée dissolues à l’époque est devenue nonne bouddhiste en 1973, tout en continuant à écrire. Elle multiplie conférences et apparitions télévisées, dispensant des leçons de sagesse à ses contemporains, qui la considèrent désormais comme un « bouddha vivant ».

Pluie noire

Au Japon, le début du mois d’août est marqué par les commémorations des bombardements nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki en 1945. C’est peut-être l’occasion de découvrir une œuvre majeure de l'après-guerre, qui revient avec précision sur l’explosion atomique d’Hiroshima et ses conséquences (Profitez-en aussi pour voir ou revoir la magistrale adaptation cinématographique que Shohei Imamura a tirée de ce roman en 1989.)

En fuyant la région le lendemain du bombardement, la jeune Yasuko et sa famille ignoraient que la « pluie noire » qui tombait ce jour-là était radioactive… Quelques années plus tard, stigmatisée par ce passé, elle peine à trouver un mari, en dépit de ses nombreuses qualités. L’oncle qui l’a recueillie entreprend alors de démontrer que, n’étant pas à Hiroshima au moment de l’explosion, elle n’a pas été contaminée par les radiations. Il remonte le fil des événements en se basant sur son propre journal et celui de sa nièce. Témoignage extrêmement documenté, construit à partir de divers points de vue, et vibrant plaidoyer dénué de tout pathos, Pluie noire est LE roman à lire sur la tragédie de Hiroshima et la discrimination dont furent victimes les survivants de la bombe.

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La Guerre commence au-delà de la mer

Dans la veine de Bleu presque Transparent et des Bébés de la consigne automatique, du même formidable auteur – lucide, pessimiste, plein d’imagination – ce roman commence dans une atmosphère de vacances estivales sous les tropiques, mais plonge vite dans le cauchemar d’une époque vouée à des plaisirs décadents pendant qu’un épouvantable conflit se déroule « de l’autre côté de la mer ». Ces visions de mort et de destruction sont-elles réelles ou existent-elles seulement dans l’esprit du jeune couple qui se prélasse au soleil ? Ce roman visionnaire, datant des années 90, est d’une poignante actualité notamment lorsqu’il évoque, dans ses dernières lignes, les innombrables cadavres charriés par la mer, mais dont les chairs sont dévorées par les poissons et les os dissous par le sel avant d’atteindre nos rivages, si bien que nous pouvons continuer à dormir d’un sommeil égoïste, hanté de cauchemars.

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Haiku - Anthologie du poème court japonais

Un peu de poésie, pour terminer sur une note plus légère…

Tout le monde connaît le haïku, poème bref japonais de dix-sept syllabes qui associe le cycle éternellement renouvelé de la nature à un événement ponctuel et trivial dont le poète est témoin. L’indispensable « mot de saison » permet de repérer le moment de l’année où se déroule la scène. L’émotion naît de la fugacité de l’instant et de la conscience de l’éphémère. Dans les recueils japonais, les haïkus sont classés par saison, et c’est également le cas dans cette anthologie qui présente une sélection, du XVIe siècle à nos jours, de haïkus représentatifs et pour la plupart inédits en français. Une large place est faite aux haïkus d’été, qui évoquent le soleil embrasant le ciel, les longs crépuscules, la fraîcheur du vent, le bruit de la pluie, les moustiques et les lucioles, ou encore les herbes folles et les coquelicots….

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Traductrice de littérature japonaise, Corinne Atlan a longtemps vécu au Japon et au Népal. Elle aime faire découvrir des aspects peu connus des littératures asiatiques. Elle est aussi ... Show More

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