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Polyamour : l’art d’aimer au pluriel

Elle a trente-six ans, elle est maman d’enfants en bas âge. Elle a quitté le père de ses enfants depuis plus de deux ans. Elle vit une relation «polyamoureuse » avec un homme marié qui entretient des relations sensuelles et parfois amoureuses avec plusieurs partenaires. C’est une amie. Un jour, pour comprendre, je lui demande :

« Tu es sa maîtresse donc ?

— Non, cela n’a rien à voir, sa femme est au courant de sa démarche, elle est partie intégrante de ce projet de vie amoureuse. Personne ne trompe personne. »

Pour elle, c’est surtout l’opportunité de vivre quelque chose à deux, sans être pour autant engagée dans une relation monogame plus classique. Elle affirme se sentir très libre dans cette configuration. Je découvrais alors le terme de « polyamour ».

Le polyamour est une manière différente de vivre et de penser les relations sentimentales puisqu’il implique toujours plus de deux personnes. Ce choix de vie part de la conviction qu’une seule personne ne peut et ne doit être contrainte à combler tous les désirs et besoins d’une autre personne.

En français, il n’y a qu’un « amour » pour qualifier le sentiment amoureux ; les Grecs anciens distinguaient « Eros », « Philia » et «Agapé », schématiquement l’amour physique, l’amour bienveillant et l’amour inconditionnel, divin. Le « polyamour » jouerait-il avec toutes ces nuances ? Et cette liberté est-elle si facile à mettre en œuvre ?

Voici des guides pour comprendre, des essais pour réfléchir, et des destins de « polyamoureux » mythiques auxquels s’identifier.

Fragments d'un discours polyamoureux

Elle est sexologue et elle est une femme moderne, libre. À partir de ses consultations en cabinet et de sa propre expérience, elle réfléchit aux enjeux de l’amour et de la sexualité. Magali Croset-Calisto pratique ce que l’on appelle «l’observation participante », elle est en quelque sorte son propre sujet d’étude. Pour la thérapeute, le polyamour pose la question de la possibilité d’amours plurielles, loin de la polygamie, du libertinage ou de l’adultère. Il s’agit avant tout, dit-elle, d’un chemin de vie mûrement réfléchi entre des partenaires aux liens affectifs et/ou intellectuels très forts. Le polyamour est une construction de vie à plusieurs, libre et assumée. Il se nourrit de réflexion, de confiance et de rapports égalitaires entre les partenaires. Magali Croset-Calisto établit les règles de l’art d’aimer au pluriel, elle parle même d’un contrat comme prérequis avant de débuter toute relation polyamoureuse :

« – Comprendre qu’il est possible d’aimer plus d’une personne à la fois (tout comme il est possible d’aimer plusieurs amis et enfants en même temps) ;

– Accepter les concepts d’une relation ouverte et assumée fondée sur des principes de confiance et de communication. Le partage des ressentis est essentiel ;

– Savoir que le polyamour est souvent incompris voire dénoncé par la société ;

– Établir ses propres buts et valeurs personnelles sur lesquels fonder le pacte interrelationnel (à chaque polyamoureux un mode de fonctionnement différent, notamment en matière de sexualité) ;

– Être honnête et explicite vis-à-vis de l’ensemble des partenaires, les respecter dans leurs désirs et modes de fonctionnement ;

– Apprendre à tempérer sa jalousie ;

– Apprendre à gérer son temps. Certains partenaires ne se voient que tous les deux ou trois mois, d’autres tous les deux ou trois jours, d’autres vivent sous le même toit. »

Être polyamoureux n’est donc pas de tout repos, car s’il comporte du plaisir au pluriel il implique aussi tous les tracas de l’amour au singulier, comme une sorte de réalité augmentée.  

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Vertus du polyamour

« Je crois que je suis amoureux de l’amour… » C’est par cette déclaration que commence le livre du psychologue suisse Yves-Alexandre Thalmann. Fervent défenseur du polyamour, il estime que la forme binaire de l’amour est le produit de la société dans laquelle nous évoluons, à travers ses systèmes de valeurs et ses règles. La question est de savoir selon lui pourquoi elle a privilégié la monogamie au détriment de toutes les autres formes possibles, l’élevant au rang dogme. Il prédit la fin de l’amour au singulier. L’heure serait venue de laisser l’amour se déployer sans limites et sans réserve, de le laisser achever sa mue vers le polyamour. Thalmann y voit aussi un nouveau schéma dans les relations hommes/femmes, loin du rapport entre dominants/dominés. L’égalité des sexes serait la condition sine qua non du « polyamour », il n’est pas une invention masculine, contrairement à la polygamie, c’est pourquoi les femmes revendiquent autant que les hommes ce mode de vie amoureuse. « Le polyamour fleurit là où des sentiments amoureux sont éprouvés envers plusieurs personnes simultanément. Mais son jardin est loin d’être uniforme et standardisé. Au contraire, les formes qu’il peut emprunter offrent une variété qui n’a de limite que l’imagination, du moment que le respect de chacun est assuré. » Ainsi, aussi curieux que cela puisse paraître, la fidélité existe au sein des couples polyamoureux. On parle alors d’un modèle hiérarchique avec une relation primaire et des relations secondaires. « La relation primaire occupe la place principale dans la vie du polyamoureux. Elle structure son quotidien : partage d’un même domicile, mise en commun des ressources, création d’une famille, etc., c’est-à-dire ce qui caractérise habituellement un couple monogame, mariage y compris. À cela vient s’ajouter la possibilité d’entretenir des liaisons affectives et/ou sexuelles avec d’autres personnes, constituant les relations secondaires: des partenaires présents dans la durée dont l’importance est significative, avec qui le temps consacré est appréciable et les activités variées. » On passe alors du « polyamour » à la «polyfidélité».

Guide des amours plurielles ; Pour une écologie amoureuse

Elle est partie à l’exploration de la planète masculine il y a belle lurette. Elle est en quelque sorte la papesse des amours sans frontières. Dans son recueil érotique Des désirs et des hommes, la journaliste Françoise Simpère s’interroge : « Gomme-t-on le désir d’un homme par les caresses d’un autre ? » Quelques pages plus loin, elle explique comment fonctionne son désir : « Je vous suis infidèle pour entretenir en moi un feu permanent qui me permettra de m’offrir à vous très vite, sans chercher dans ma mémoire des fantômes de sensations le jour où je vous reverrai. Je ne veux pas que vos absences éteignent mon corps, de peur qu’un jour vous n’arriviez plus à le rallumer. » Pour l’auteure comme pour les narratrices de ses livres, l’amour, l’érotisme et la liberté de corps sont centraux, la seule voie vers un épanouissement total. Qui mieux qu’elle pour écrire un Guide des amours plurielles ? Elle vit loin des modèles imposés, avec ce qu’elle nomme joliment ses « fidélités plurielles », autant de rencontres exigeantes et enrichissantes, nécessaires à l’amour qu’elle porte depuis quarante ans au père de ses enfants. Dans le polyamour, Françoise Simpère veille à ce que chacun s’épanouisse, elle, son mari, ses amis, ses amis-amants. Elle livre le visage d’une nouvelle conjugalité dans laquelle l’exclusivité sexuelle n’est pas un témoignage d’amour mais au contraire de possession.  

Réinventer le couple

En pleine révolution sexuelle, le psychothérapeute américain Carl Rogers, inventeur du concept de « l’écoute active » notamment, se penche sur la question de la conjugalité après s’être adonné à des dizaines de thérapies de couple. Il cherche à comprendre ce qu’il restera d’un des fondamentaux du couple occidental, la monogamie, après ce formidable vent de liberté. Les patients qui venaient le consulter réclamaient déjà dans les années 60 un accompagnement pour «réinventer leur couple ». Doivent-ils accepter l’adultère ? Doivent-ils se libérer par l’échangisme ? Quelle est la place de la sexualité dans leur relation ? Autant de questionnements sur les fondements même des relations amoureuses que se posaient ces jeunes amoureux en pleine construction. Carl Rogers les définit comme des « pionniers » et même s’ils ne passent pas toujours à l’acte, ils osent remettre en cause la monogamie, fantasmer un autre modèle.

Rogers expose sans les juger leurs expériences intimes, leurs introspections, leurs certitudes et paradoxes. Il donne surtout la parole à des couples qui vivent en communauté. « Ces unions existent, elles ne sont jamais de mauvaise qualité, elles nous font réfléchir sur les modalités d’une changement, et même d’une révolution. » Si le livre semble un peu dépassé, Réinventer le couple a le mérite de dresser le portrait de ceux qui ont certainement ouvert la voie aux «polyamoureux» d’aujourd’hui. 

Le Nouveau Monde amoureux

Il est l’un des inventeurs de la science sociale, qu’il conçoit critique et radicale. Et il est certainement celui qui a été le plus loin dans le discours du « polyamour ». Dans ce texte écrit au début de la Restauration mais publié seulement un siècle et demi plus tard, en 1967, grâce aux éditions Anthropos, le philosophe analyse la société de son temps en rejetant le mariage monogame et l’asservissement des femmes. Il imagine alors un autre modèle de société, nommée l’Harmonie, fondée sur la disparition de la monogamie, la multiplication des relations amoureuses de toutes natures, et une stricte égalité des sexes. Il va donc bien au delà de la libération sexuelle. Il classifie pour mieux les vanter toutes les variantes de la sexualité, de nos plus nobles sentiments à nos penchants les plus absurdes, de ce qu’il nomme « la sainteté amoureuse » aux « fantaisies lubriques ».

Fourier entend restituer à la « substance charnelle », aux pulsions, aux émotions un espace et un temps dont l’homme se trouve quotidiennement privé à cause de « l’emprise de la rationalité mercantile ». Plus qu’un utopiste socialiste, Charles Fourier est sans conteste le plus grand théoricien du modèle polyamoureux. 

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Les Amants de la liberté

Les intellectuels Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir ont posé les bases du couple moderne, libre et complice à la fois. Autant fusionnel que « fissionnel ». Un rapport radicalement nouveau entre homme et femme. Le tout est parti d’un contrat, dès le début de leur histoire. Un pacte de l’amour un peu particulier, qui valait le coup d’être tenté. Assis sur un banc, Sartre propose à celle qu’il appelle déjà Le Castor, un pacte, renouvelable tous les deux ans, dont le principe est le suivant : « notre amour est un amour nécessaire, mais il convient que nous vivions aussi, à côté, des amours contingents ». Les amours contingents ou autant de façons de connaître le monde. Une condition : ne pas se mentir, ne rien se dissimuler. Sartre propose. De Beauvoir accepte et dispose. Un amour « nécessaire » et, à côté, des amours secondaires. Rien de plus libre, en apparence, que la relation entre Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Au point qu'elle fascina plusieurs générations. Certainement parce que dans ce modèle, les partenaires éprouvent une estime, une tendresse, une confiance réciproques absolues. Beauvoir a cette phrase : « Si je vous dis que dans cinq ans, on se retrouve à 18 heures, au Parthénon, à Athènes, je suis sûre que vous y serez. » Les « amours contingents », eux, peuvent être de vraies passions, mais ils ne doivent jamais affecter l’amour nécessaire. 

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Henry et June ; Les Cahiers secrets

Nin est une sacrée polyamoureuse. Il suffit de puiser dans son Journal de l’Amour pour se rendre à quel point pour elle l’amour est pluriel et infini. Anaïs plongée dans les flots des sentiments et de l’érotisme, prise entre plusieurs hommes et bientôt une femme. Celle de son amant. Dans Henry et June, Nin, mariée à Hugh Guiler, raconte l’étrange trio amoureux qu’elle forme avec l’écrivain américain Henry Miller et son épouse June, celle de la Crucifixion en Rose (Sexus, Nexus, Plexus). On peut vraiment parler d’un « polyamour » passionné avec le couple. Nin, totalement dépossédée de morale culpabilisante, expose avec une franchise crue et l’analyse lucide dont elle est coutumière ses aventures et ses pensées les plus profondes. En décembre 1931, la femme de Miller, June, vient à Louveciennes, dans la maison des Guiler. Anaïs, subjuguée, découvre une femme nerveuse, fantastique, comme enfiévrée. « Sa beauté m’a inondée » écrit-elle dans son journal. Puis pendant le séjour de quatre semaines de June à Paris, les deux femmes se font une cour étrange et trouble. « June compte sur mon imagination ; June va m’obliger à révéler mon inexpérience de la vie réelle. Maintenant que je l’ai toute à moi pour un soir, que vais-je faire de cette soirée ? »

Henry, June et Anaïs ou le triangle amoureux parfait, le fantasme d’un amour sans limite où tout est à vivre en mode paroxystique. L’amour absolu.  

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Adeline Fleury est l'auteure du "Petit éloge de la jouissance féminine" (éd. François Bourin), de "Rien que des mots" (éd. François Bourin) et de "Femme absolument" (JC Lattès).

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