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Nos romans de gare préférés pour partir en vacances

Pourquoi en faire une insulte ? On a trop souvent qualifié de « romans de gare » ces tonnes de récits aussi vite écrits que lus, polars ou romances vendus à côté des sandwiches et qui ont généralement la délicatesse d’une locomotive à vapeur. Il existe aussi quelques excellents livres de gare, ou plutôt sur la gare — ce monde miniature si propice à la fiction — ou des romans ferroviaires qui rompent avec le train-train d’une certaine littérature low cost

Incident de personne

Les euphémismes sont rassurants. « Incident de personne » sonne mieux que « suicide sur la voie » même si le résultat est le même : voilà votre train bloqué en rase campagne et le huis-clos qui s’étend à n’en plus finir. Eric Pessan pousse le cauchemar en vous collant un voisin qui « déborde » de choses à vous raconter. Des histoires de deuil, de solitude, des fragments écorchés entendus lors des ateliers d’écriture qu’il anime et dont il recrache ici des bribes sans reprendre son souffle. Le narrateur rentre de Chypre et s’épanche auprès de sa voisine, soudain prise en otage de sa logorrhée, tandis qu’il tricote le grand récit de la désespérance humaine, tel Le Bavard de Louis-René des Forêts qui aurait un peu trop lu les premiers romans de Régis Jauffret. C’est un vaste voyage immobile, le monologue confiné d’un « type qui a accepté de ne pas avoir d’histoire pour se rendre disponible à celles des autres ». Il le dit, le répète : « Je suis sans histoire, je n’ai rien à dire de moi, je n’existerai plus à la descente de ce train ». Il profite simplement d’un banal accident pour dérouler sa vie, celle des autres. Et rappeler dans ce grand fatras que personne n’est incident en ce bas monde.

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La Gare centrale

Poète et conservateur de musée, Thomas Compère-Morel imagine un lieu beckettien dans lequel la foule se presse pour attendre des trains qui n’arrivent pas. Le directeur de l’administration ferroviaire s’est suicidé, les usagers s’impatientent, élisent l’un des leurs comme porte-parole, confronté aux guichets clos et aux portes capitonnées. C’est un damier de voies ferrées, un monde vide de sens, rempli de policiers et d’huissiers qui ne comprennent pas plus la situation que le narrateur, Baptiste, lequel écoute les conversations et piétine dans cette gare imaginaire. Ce surplace de cent pages, sec et inquiétant — nous n’emploierons pas l’adjectif « kafkaïen », promis — offre un parfait exemple de poésie du déraillement.  

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Zone

C’est le roman-massue de l’année 2008 (Prix Décembre et Prix du Livre Inter), une « épopée contemporaine » comme l’explique son auteur, Mathias Enard, qui se déroule dans un train entre Milan et Rome. Comme dans La Modification, de Michel Butor, le trajet ferroviaire n’est qu’un prétexte à une vaste déambulation mentale, le soliloque échevelé d’un ex-soldat devenu espion s’acharnant à embrasser le monde méditerranéen, racontant les pillages, les guerres, les villages dévastés entre l’Allemagne et la Bosnie, l’Espagne et le Liban, une succession de tableaux — ou plutôt de chants, comme dirait Homère — où se mêlent témoignages réels et hallucinations, le tout en une seule phrase de 500 pages (qu’on n’a pas la place de citer ici !). Au-delà de la prouesse formelle, ce texte haletant, fougueux, érudit, se révèle d’une lecture plus aisée qu’on ne pourrait le supposer et reste la plus grande réussite de Mathias Enard, Prix Goncourt 2015 avec Boussole.  

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Dans le train

Ce roman ne se passe ni dans une gare ni dans un train, mais l’action démarre bel et bien sur un quai de Saint-Lazare, encore qu’il est difficile de parler ici d’action ; il serait plus précis d’employer le mot d’inaction, celle d’un homme qui tombe sur une femme et ignore comment agir ou réagir, sinon en la suivant, de près comme de loin, entre l’Hôtel des Voyageurs et une gare de Normandie, avec la maladresse de ceux qui ressentent trop pour communiquer simplement. La première phrase du magnifique roman de Christian Oster est un modèle de minimalisme de l’école des éditions de Minuit: « Un jour, sur un quai, un homme de taille moyenne tenait à la main un sac très lourd. Cet homme, c’était moi, mais ce n’était pas mon sac. C’était celui d’une femme. Et ce sac était lourd parce qu’il contenait des livres. » Dans les mauvaises histoires d’amour, un tel incipit serait suivi d’un récit de séduction conquérante ou niaise, avec des joues rouges et des trémolos plein la glotte. Christian Oster a toujours choisi l’option inverse : celle des silences, des pas hésitants, qu’il transforme en grand sketch de l’incommunicabilité. Peu d’écrivains ont aussi bien décelé la poésie comique de la pudeur. Voilà une confrontation entre une homme et une femme qui ne savent pas quoi faire — d’eux-mêmes, de leur journée, de leur vie, de leurs désirs — et dont l’entreprise de séduction ne procède que par tâtonnements, quiproquos, esquives, sinuosités, détours géographiques comme sentimentaux. 

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Paris Gare du Nord

En 2011, le festival « Paris en toutes lettres » propose à l’écrivain Joy Sorman de lanterner quatre jours à la gare du Nord. Carnet de notes à la main, elle y croque des scènes anodines, s’immerge dans le flux des passagers et l’afflux d’anonymes « qui s’agglomère là pour faire du biz, pour ne pas rester seul, parce qu’on est mieux ici qu’ailleurs, parce qu’il va se passer quelque chose, parce que c’est beau ». Son livre se construit comme une promenade entre le centre d’aiguillage et les quais, alternant choses vues (une fille qui se promène avec son hamster à la main, Brice Hortefeux, etc.) et entendues (émouvants souvenirs de contrôleurs). Deux ans plus tard, la cinéaste Claire Simon passera plusieurs semaines dans cette même gare — la plus grande d’Europe, avec 600 000 voyageurs par jour et un départ de train toutes les trois minutes — pour tourner un film étrange, ambitieux, bordélique. Pour la réalisatrice, la gare est une « caverne à histoires, un lieu quasi mythologique » qui raconte quelque chose du village global auquel nous appartenons. À ses étudiants de la Fémis, elle conseillait d’ailleurs ce qu’on recommande aussi aux aspirants journalistes : « Allez dans les gares, vous y trouverez forcément quelque chose à raconter »

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La Nostalgie des buffets de gare

Comme un bonus, rattachons à cette liste un wagon supplémentaire, moins un roman qu’un petit essai qui s’égare à Saint-Lazare et raconte en quelques pages l’évolution de ce lieu public jadis crasseux et poétique reconverti en une vaste galerie commerciale aseptisée. Benoît Duteurtre aime se plaindre en douceur. Avec lui, les coups de gueule ont le charme des airs d’opérette. Il regrette les petites lignes locales, sacrifiées pour le « tout TGV », constate que la gare n’est plus qu’une « vitrine de gare », calquée sur le modèle des aéroports, avec des « usagers » devenus «clients » qu’on incite à consommer toujours davantage. Le buffet de la gare a été remplacé par un Starbucks, la flânerie est finie, le hasard et les imperfections ont disparu du paysage. Une seule constante, comme une destination imposée : « le démantèlement des services publics, l’obsession hygiéniste et sécuritaire, l’obsession des marques, l’automatisation, la quête frénétique de rentabilité... ». La singularité de Duteurtre, c’est d’exprimer ses doléances d’usager mécontent avec une impeccable tendresse.

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Ecrivain du dimanche, journaliste de semaine, lecteur tatillon de fiction (ou non). "Ecrivain n'est plus un métier d'avenir mais il est encore possible de faire quelques bonnes affaires dans le ... Show More