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Littérature libanaise : les meilleurs livres de 2016

Le Prix France-Liban, dont j’ai le très grand honneur d’être la responsable depuis cette dernière édition, existe depuis 1961. Décerné par l'Association des écrivains de langue française au Salon du Livre de Paris, il a couronné de grands talents parmi lesquels on peut citer Ghassan Tuéni, Sélim Abou, Amin Maalouf, Georges Corm, Andrée Chédid ou Ghassan Salamé... La sélection de cette année était particulièrement riche. Voici les ouvrages qui l'ont constituée.

J'ai longtemps eu peur de la nuit

Yasmine Ghata raconte deux histoires parallèles, celle de Suzanne, animatrice d’ateliers d’écriture, et celle d’Arsène, une jeune Tutsi rescapé du génocide rwandais et qui fréquente son atelier. Arsène est un adolescent mutique, traumatisé, accroché au seul objet qui le rattache à sa famille et à ses racines, une valise. Petit à petit, à force de patience et de délicatesse, Suzanne va conduire Arsène sur le chemin des mots, lui redonner le goût de la parole et l’amener à raconter un peu de sa vie et de sa mémoire dévastée. Suzanne suit de façon plus souterraine un chemin analogue, elle qui doit aussi faire le deuil de son père trop vite disparu et de son enfance meurtrie.  J’ai longtemps eu peur de la nuit est un roman délicat, pudique et plein de charme.

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Le Grand Jeu

Le Grand Jeu se situe à la croisée de plusieurs genres littéraires : roman d’espionnage, récit d’initiation, réflexion philosophique sur les désordres du monde et les enjeux de pouvoir qui les sous-tendent, il articule avec brio différents niveaux de lecture pour notre plus grand plaisir. On y retrouve le nonchalant, frileux et néanmoins raffiné Harry Boone, reprenant du service à son corps défendant, lancé sur les traces d’un biologiste susceptible de résoudre la crise alimentaire qui a suivi le réveil du plus grand volcan du monde, le Yellowstone. C’est dans le sous-continent indien qu’il va opérer et que sa route va croiser celle d’un jeune orphelin, Mick, que le chaos du monde a jeté sur les routes. Harry va engager l’adolescent, et ce faisant, contribuer à son initiation en lui faisant comprendre les règles du grand jeu. Un roman savoureux dont la lecture est pleine d’enseignements.

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Paradis infernal

Amal Makarem avait une vingtaine d’années quand la guerre civile libanaise a éclaté. Elle a tenu un journal pour consigner les événements au jour le jour, pour tenter de comprendre, de penser, de garder la trace de toutes ces choses terrifiantes qui se produisaient et qui la laissaient dans la sidération. Certains carnets ont été perdus, d’autres, comme les hommes, sont des rescapés, sauvés de la perte et de la démolition. On peut avec le recul des années, y relire l’effroi, retrouver l’espoir, mesurer tout ce qui a été perdu, à l’image d’une lune éteinte. Paradis infernal dit tout cela, et bien plus encore, et c’est pourquoi il faut absolument le lire.

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Palace Café

Quand les membres de notre jury ont lu Palace café, ils ont été plusieurs à me demander qui était Anne Nicoleau, combien de temps elle avait vécu au Liban, d’où elle tenait sa connaissance si fine des usages, des manières de parler, des modes de vie dans les familles de la bourgeoisie chrétienne au sein de laquelle se déroule son roman. Le rôle des milices, la face sombre des engagements idéalistes, les secrets qui entourent la mort au combat de certains jeunes gens de bonne famille, les trafics en tout genre qui accompagnent les guerres, le rôle des domestiques étrangères dans l’économie des familles, la place des filles, les jalousies au sein des fratries, tout est là, avec justesse et vivacité. On ne peut que la féliciter d’avoir si bien su raconter de l’intérieur, d’être devenue une presque Libanaise.

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Liban-Syrie, intimes étrangers

En revisitant l’histoire croisée du Liban et de la Syrie, Elizabeth Picard interroge les raisons pour lesquelles ces deux pays, dont les frontières ont été dessinées par la même puissance mandataire, ont suivi des trajectoires parallèles puis divergentes jusqu’à l’affrontement et le conflit. Ce faisant, elle mène un rigoureux et classique travail d’historienne à partir d’archives, travail qu’elle enrichit par sa longue fréquentation des milieux politiques et universitaires des deux pays et par des dizaines d’entretiens avec différents acteurs. Mais ce qui frappe dans cet ouvrage d’une rigueur et d’une érudition incomparables, c’est qu’il y a d’emblée un point de vue, qui oriente et éclaire la recherche. Et ce point de vue nous est donné dans le titre Liban-Syrie : intimes étrangers. S’agirait-il donc d’une relation tumultueuse entre membres d’une presque famille, où les frères s’aiment et se haïssent, se comprennent et se méfient l’un de l’autre, s’affrontent parce qu’à la fois proches et différents ?

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Sporting club

Dès les premières lignes, Sporting club met en appétit. Quelque chose de tout à la fois étrange et familier s’en dégage, les ingrédients posés d’entrée de jeu d’une intrigue originale et qui pique la curiosité. Mais, et c’est sans doute là tout à la fois la singularité de ce roman et son caractère déroutant, aucune des attentes mises en place n’est satisfaite, et Villin s’amuse à frustrer son lecteur, à l’entraîner sur de fausses pistes qui entretiennent son intérêt et se terminent en très élégantes pirouettes. L’impossible rencontre, le récit inachevé, deux métaphores pour parler de Beyrouth, cette ville « aberrante et captivante, absurde et attachante, absconse et magnétique » qui est le vrai sujet du roman et à qui l’auteur rend un bel hommage.

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Le Quatuor de Beyrouth

Le Quatuor de Beyrouth est un livre extrêmement original, à la fois dans sa forme et dans son sujet. Commençons par le sujet : dans le Beyrouth du début du XXe siècle, deux hommes et deux femmes qui ont en commun des origines grecques et un métier, celui d’écrivain-journaliste, voient leur destins se croiser autour du nationalisme arabe. Petro Paoli sera l’un des martyrs de la nation libanaise, condamné par le tribunal ottoman et exécuté en 1916 ; Constantin Yanni échappe au même sort en prenant la fuite au Hijaz où il participera à la grande révolte menée par le Chérif Hussein ; les deux femmes, Marie Ajami la fiancée de Petro et Marie Yanni la sœur de Constantin, poursuivent un combat féministe et nationaliste par leurs écrits. Le roman articule l’enquête journalistique, la recherche documentaire, l’écriture romanesque et le carnet de bord pour tenter de cerner au plus près ces quatre destins captivants.

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Villa des femmes

Comme dans toutes les compétitions, il n’y a qu’un seul vainqueur et c’est Charif Majdalani qui remporte le Prix France-Liban 2016, avec son très beau roman Villa des femmes. Charif Majdalani porte haut les couleurs de la littérature libanaise depuis de très nombreuses années et il a déjà été récompensé par des prix littéraires prestigieux : Prix François Mauriac de l’Académie Française, Prix Jean Giono, etc. Depuis Histoire de la grande maison, il interroge l’histoire récente du Liban, et les raisons qui font la gloire et la décadence des familles, microcosmes à travers lequel se lit en creux la miraculeuse prospérité du Liban, sa fragilité et sa décomposition. La fin des mondes, les aventures épiques, les destins exemplaires qui se brisent, voilà quelques uns des thèmes qui le passionnent et qu’il prend à bras le corps dans ses romans, dont chacun est comme la pièce d’un puzzle qui contribue à l’ensemble. Dans Villa des femmes, il met en scène des personnages attachants: Skandar Hayek, le patriarche à la tête d'un négoce de tissus, qui règne sur son usine, ses terres et son clan malgré les nuages qui s’amoncellent à l’horizon ; Mado, sa soeur acariâtre et aigrie ; Marie, son épouse pleine de charme et de mystère ; Karine, sa fille chérie ; Noula, le fils aîné imbu de lui-même ; et Hareth, le cadet, épris de livres et d’aventures... Et puis il y a le narrateur, le fidèle chauffeur et homme à tout faire qui observe tout cela du haut de son perron. Majdalani nous les raconte dans une superbe langue.

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Georgia Makhlouf est journaliste littéraire et écrivain et elle vit entre Paris et Beyrouth. Elle est correspondante à Paris de L'Orient Littéraire. Elle préside Kitabat, l'association libanaise ... Show More