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Les meilleurs romans de plage

Les écrivains ne sont pas des vacanciers comme les autres. Si bien des touristes profitent des vacances pour lire sur le sable des livres légers qui ne risquent pas de leur luxer les neurones, les auteurs y déploient des ambitions autrement plus vastes. 

Pour eux, la plage est ce territoire de fiction à la fois solaire et inquiétant, moins le lieu du repos que celui du poreux, moins l’espace du répit que celui du pire. Un désert bondé, propice aux impressions vagues et aux sensations précises. On connaît tous la scène de crime de L’Étranger d’Albert Camus ou cette jeune héroïne qui s’ennuie en laissant le sable couler entre ses doigts dans Bonjour Tristesse, de Françoise Sagan, mais d’autres romanciers ont plus récemment investi les lieux – les mots « été » ou « plage » figurent généralement dans le titre, comme un hameçon – et creusé avec éclat ce vaste champ des possibles, entre enlisement et renaissance. 

Les Locataires de l'été

Voici donc le petit chef-d’œuvre que les fans de littérature américaine se refilent en douce depuis bientôt vingt ans. Un court roman estival que l’on pourrait situer quelque part entre Gatsby le magnifique (pour l’ambiance balnéaire), Conte d’été d’Éric Rohmer (pour le marivaudage) et la série The Affair (pour le décor et la portée dramatique).

Michaël, seize ans, passe ses vacances en famille dans une villa des Hamptons avec vue sur l’océan. Cocon parfait, représentatif d’une certaine aisance « East Coast » : on traverse la baie dans des voiliers baptisés « Chelsea Hotel » ou « L’Angela », on remonte la plage enroulé dans une « sortie de bain » avant de boire du Châteauneuf-du-Pape 1958 ou de la vodka en regardant la nuit tomber...

Le pavillon adjacent à leur villa est loué à une mère et à sa fille, Zina (les fameux « locataires », même si le titre original du roman est Salt Water). Il faudrait écrire une anthologie des apparitions féminines sur la plage, qui commencerait par le personnage d’Albertine, chez Proust. Zina surgit dans le décor et Michaël est aussitôt séduit, même si la jeune fille garde habilement ses distances...

« Tandis que nous foulions le sable fin, elle me prit à nouveau par la main et dit : "Fais attention à toi. Tu prends les choses trop à cœur." Et je fais comment pour faire attention ? me dis-je en moi-même. »

La plage est ici le terrain des premières expériences amoureuses – exactement comme dans Une soeur de Bastien Vivès ou Ava, le beau premier film de Léa Mysius – où se joue l’ambiguïté du désir et la cruauté des désillusions. La fin grince comme les haubans des bateaux avant la tempête. Précis et gracieux, dense comme un poème de Dickinson et plus efficace qu’un film de Chabrol, ce livre culte de Charles Simmons doit être adapté au cinéma par la romancière Marie Desplechin et le réalisateur Fabrice Gobert (Les Revenants). 

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Corniche Kennedy

L’adolescence et l’été ne font qu’un : une fusion, une incandescence que Maylis de Kerangal résume ici en épuisant toute la sensualité du décor. L’argument dramatique tient sur la tranche d’une carte postale : des gamins plongent d’une corniche, à Marseille, surveillés (de loin) par des flics. C’est tout ? Absolument, mais l’auteure déroule son récit avec cette virtuosité devenue sa marque de fabrique. Chez Kerangal, les coups de soleil et les bravades d’adolescents deviennent des épopées panthéistes, avec des phrases qui se déroulent, s’enroulent, toujours plus longues, emplies de fièvre, de pulpe, comme s’il fallait vivre – et écrire – avec cette joie folle que l’on éprouve à prolonger une journée d’été et à s’imaginer vaincre le soleil. La corniche s’appelle « Kennedy », comme le président américain auquel on associe désormais la jeunesse et la tragédie. Pour Kerangal, c’est aussi le promontoire qui la portera vers son propre envol, avec ses livres suivants, Naissance d’un pont ou Réparer les vivants – qui débute aussi sur la plage par une mémorable session de surf. 

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Plage de Manaccora, 16h30

Philippe Jaenada est drôle, même lorsqu’il vous raconte un incendie qui a failli lui brûler le cuir (en carbonisant femme et fils). Il est drôle d’être si bonne pâte et bonne plume, alignant ses considérations les plus triviales sur la vie, le monde, en multipliant les parenthèses (à l’intérieur desquelles se déploient d’autres parenthèses (sans que cette lubie n’entrave un seul instant l’allègre tempo du récit)). La plage se situe cette fois en Italie, dans les Pouilles. Le narrateur y passe deux belles journées de farniente en famille avant qu’un feu de forêt ne gâche la fête. Le trio se retrouve alors pris au piège sur le sable, avec d’autres vacanciers, réduits à suffoquer et à prier en attendant les secours. D’un souvenir personnel brûlant – Jaenada s’attaquera plus tard à des faits divers plus retentissants, des escroqueries de Sulak au meurtre commis par Pauline Dubuisson – il tire un récit épique et hilarant, saluant les solidarités entre touristes comme les petites lâchetés individuelles (dont la sienne).   

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Le Procès-verbal

Pondre un tel livre à 23 ans est évidemment une provocation – trop de talent, de liberté, de poésie – qui sera récompensée par le prix Renaudot en 1963, avant le Nobel en 2008.

Ce premier roman (le meilleur ?) de J.M.G. Le Clézio commence comme finit La Possibilité d’une île, de Michel Houellebecq : un homme et un chien sur une plage, qui errent, l’éternité devant eux. L’incipit est redoutable : « Il y avait une petite fois, pendant la canicule, un type qui était assis devant une fenêtre ouverte; c’était un garçon démesuré, un peu voûté, et il s’appelait Adam ; Adam Pollo. » Est-il un déserteur ou un fou ? Ce simili-Robinson traîne sur la plage, suit un chien, croise une femme (Michèle), rentre dans sa chambre, dessine des calmars sur les murs, ressort jouer au billard ou observer le monde se dévoiler « dans son déchaînement tranquille et burlesque ». C’est là où l’écrivain donne le meilleur de lui-même (la grande différence entre Le Clézio et vous, c’est que lui possède à peu près mille mots pour définir la lumière – ses caprices, ses réverbérations, etc.).

« On dirait que le monde a été dessiné par un enfant de douze ans », déclare le narrateur, qui en décrit les strates comme un vieux druide maîtrisant quant à lui toutes les nuances du sable, de la roche et des algues. « Le paysage bouillant était sensiblement pareil à une couverture noire jetée sur des braises ; les trous étincelaient brutalement, l’étoffe ondulait parcourue d’un courant d’air souterrain et, par-ci, par-là, il y avait des colonnes de fumée qui montaient dans l’air comme venues de cigarettes cachées. »

Le Clézio dit avoir écrit ce texte car il avait trop chaud sur la côte d’Azur et cherchait de l’ombre ! Il évoque un « roman de l’angoisse de l’été niçois », un récit de crise existentielle saisie dans l’intensité de la matière, une époustouflante stase aussi charnelle que métaphysique. À lire, relire, etc. 

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Sur la plage de Chesil

Encore un bref roman de bord de mer, à ceci près que la plage n’est plus ce petit paradis baigné par les vagues, mais un épuisant purgatoire dans lequel échouent un couple de jeunes mariés. Bien éduqués et pleins de promesses, Edward et Florence avaient prévu de passer leur nuit de noces dans une vieille auberge du Dorset, mais une fois sur place, ils retardent le moment de passer à l’acte, discutent de choses anodines, symbolisant malgré eux l’Angleterre puritaine des années 60 et l’impossibilité d’exprimer ouvertement son désir. Tout passe par des détours et des complications. « Pourquoi n’étaient-ils pas là-haut en cet instant précis, au lieu de rester assis sur ce lit, à refouler toutes ces choses dont ils ne savaient comment parler ou qu’ils n’osaient pas faire ? »

Ce quiproquo entre appréhension (pour elle) et maladresse (pour lui) aboutit naturellement au fiasco, que Ian McEwan relate comme d’habitude avec une grande maîtrise, alternant le point de vue masculin et féminin, la plage incarnant la dernière limite du désir, une bande de sable sombre, effrayante, où rien ne se passe – ce fameux rien à l’intérieur duquel nos vies se jouent.  

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Les Garçons de l'été

La plage trace ici une frontière entre le monde des surfeurs et le reste de l’humanité. Entre un avant et un après. Sur le sable, le jeune Thadée vient de perdre de front sa jambe (arrachée par un requin bouledogue), son statut de roi des vagues et les derniers verrous de sa raison. 

À son chevet, on retrouve son frère Zachée, l’autre demi-dieu d’une mère qui, obsédée par les apparences, ne pourra éviter le carnage familial. Trois femmes « puissantes » prennent alors la parole et le pouvoir dans ce thriller choral, hédoniste et sanglant. L’irrésistible Anouk (jambes interminables et courage sans états d’âme), Cindy (l’alter ego de Zachée) et Ysé (l’étrange petite sœur des garçons de l’été, avec ses mues de serpents et sa lucidité froide). C’est sans doute ce dernier personnage qui emprunte le plus au corpus d’Emmanuelle Bayamack-Tam – l’autre nom de plume de l’auteur – avec des traces de lyrisme piquées de noirceur. 

Les amateurs de surf pourront également lire Jours barbares, de William Finnegan, autre hit de l’été, parfaitement chroniqué sur Bookwitty par Luc Folliet.  

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Souvenirs de la marée basse

D’où provient cette palpitation dès qu’on aperçoit la mer ? Pourquoi s’y jette-t-on à corps perdu et quelle force y puise-t-on ? Spécialiste du XVIIIe siècle, Chantal Thomas prend la nage suffisamment au sérieux pour y consacrer un livre sensible, à fleur d’eau, dont le fil rouge serait ce grand ruban bleu au bord duquel elle a toujours vécu. Elle a grandi à Arcachon, sa plage, sa ville d’hiver, ses étés merveilleux et ses bains de mer, « rite solitaire, conduite de survie, manifeste de style », qui sont pour elle autant d’appels à l’émancipation. Nager est une tradition transmise de mère en fille, célébration du présent, affirmation féministe et occasion de « perdre pied ». Un appel à la déraison, au courage, à la mise à nu.

La romancière remonte sa généalogie comme le fil de l’eau avec un texte languide, qui passe d’Arcachon à la Côte d’Azur, du cap Ferret au cap Ferrat, en brassant toute la poésie que la plage lui inspire. « C’est à qui atteindra le premier la mer, à qui atteindra avant les autres l’instant éblouissant, quand sa brillance annule la couleur et que dans l’éclat de midi, fendant ses vibrations brûlantes, j’ai l’impression de courir plonger dans le soleil. » Entre les grains de sable et les gouttes d’eau, l’universitaire, ancienne élève de Roland Barthes, dessine un portrait délicat de sa mère (que l’exercice quotidien de la natation sauvait de la dépression), de son père disparu trop tôt, et donne les clés de son propre rapport au monde et au savoir, bâti sur le socle miraculeux de la sensation.

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Un été

Un huis-clos à bord d’un bateau, au large de l’Italie et un triangle amoureux inquiétant, obsédant, décrit avec une économie de moyens qui confine à la prouesse (comme chez Yves Ravey). Remarquable – et justement gratifié par le prix Sagan 2015. 

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La Plage

Une île, une plage, une grotte dans laquelle vivent un « colosse » et une petite fille étrange. Une femme les observe de loin, puis s’invite dans la cavité. Petit texte lumineux sur l’opacité du désir.  

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L'Invitation chez les Stirl

Un homme est convié à partager l’intimité d’un couple dans une villa du Pays basque. Cette cohabitation énigmatique permet à Paul Gadenne – dont il faut également lire La Plage de Scheveningen ou la formidable nouvelle Baleine – de déployer son talent (sens de la minutie, intensité sensorielle, lyrisme soft). 

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Ecrivain du dimanche, journaliste de semaine, lecteur tatillon de fiction (ou non). "Ecrivain n'est plus un métier d'avenir mais il est encore possible de faire quelques bonnes affaires dans le ... Show More

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