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Joie : des livres méconnus de Duras, Camus, Malraux, Houellebecq…

Promis, on vous épargne une énième injonction à relire La Condition Humaine ou Alcools (même si c'est une activité pleine de bienfaits). On vous suggère ici la découverte de pépites méconnues des superstars de la littérature française au XXème siècle. Ecrits de jeunesse, essais périphériques, textes boudés par leurs propres auteurs, ces écrits n’ont pas tous eu une grande fortune critique. Ils méritent pourtant que vous vous y plongiez pour mettre au jour certaines facettes cachées d’écrivains que vous imaginiez peut-être connaître par cœur.

Les Impudents

Ce court roman marque l’entrée en littérature de Marguerite Duras en 1943. A première vue, il mérite amplement le relatif flop de sa réception publique, qui fit bien moins de remous que les vagues d’Un Barrage contre le Pacifique. Ecriture lourde et sans charme, tournures ampoulées et détours futiles, Les Impudents n’ont que peu à offrir au lecteur, si ce n’est quelques beaux passages où l’efficacité concise de l’auteure de L’Amant affleure. Une famille - dont est absente la figure du père - implose sous l’amour incestueux d’une mère et de son fils, excluant son second fils et sa fille Maud qui tombe dans les bras d’un fermier. Le scénario est au carrefour exact des deux romans précédemment cités et le personnage de Maud renvoie tant à Suzanne (Un Barrage contre le Pacifique) dans ses relations paradoxales à la figure de la mère qu’à Marguerite dans sa découverte du corps masculin (L’Amant). Parcours initiatique et devenir femme, Les Impudents est le récit d’une émancipation et d’une quête de soi, thèmes chéris de Duras dont toute l’oeuvre peut se lire comme une variation : tuer la mère, dompter le moi… et le projeter sur l’autre.

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Lanzarote et autres textes

Lanzarote reste l’un des écrits les plus confidentiels de l’auteur des Particules élémentaires. Peut-être du fait de la brièveté du récit ou de son contexte de publication : il a été édité en coffret en contrepoint de photographies de l’auteur. Sur l’île espagnole rocailleuse, repaire à touristes en dèche écumant les all inclusives et assidus aux voyages organisés proposés par leurs hôtels deux étoiles, un quinquagénaire désabusé et déconfit fait la rencontre d’un flic taciturne et de deux teutonnes naturistes familières des plaisirs saphiques, mais peu exclusives lorsqu’il s’agit de faire joujou avec l’engin du narrateur. Quelques étreintes suantes sur la plage viennent donner du piquant à la litanie des buffets à volonté et autres détours patrimoniaux tandis que Houellebecq dérive sur le tourisme, l’histoire de l’île et les loisirs de la classe moyenne dont il s’est fait le meilleur portraitiste depuis Perec. Lanzarote, c’est donc Houellebecq qui fait du Houellebecq : ni un chef-d’oeuvre ni un roman à clé, mais un bonus bienvenu pour ceux qui en sont à leur dixième lecture de Plateforme.

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Les Valeureux

On pourrait reconnaître deux couples parmi les quatre pavés qui constituent la série d’Albert Cohen. D’un côté Solal et Belle du Seigneur qui se focalisent sur le dandy à qui tout réussi qu’est Solal et les affres de la passion amoureuse traitées tantôt sur un mode lyrique, tantôt avec l’humour raffiné, reconnaissable entre mille de notre auteur. De l’autre, Mangeclous et Les Valeureux qui prennent pour sujets les cocasses et encombrants oncles et cousins de Solal, burlesques, facétieux et érudits, et où chaque page emporte le rire sous une plume déliée, baroque à souhait et foncièrement drôle. Les Valeureux, dernier roman de la série, correspond en tout point à ce second couple en relatant l’épopée picaresque de Saltiel, Salomon, Mattathias, Michaël et l’hilarant Mangeclous, roi des menteurs et grandiose leader de cette adorable bande de clochards célestes. Constitués en partie de fragments Belle du Seigneur rejetés par l’éditeur, Les Valeureux hérite du versant drolatique d’une saga qui trouve son équilibre dans le jeu de balancier entre ode sentimentale et désamorçage de ce lyrisme par le recours à un rire moqueur, sarcastique mais comme toujours chez Cohen, profondément tendre et bienveillant. 

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L'Exil et le Royaume

Si vous avez le malheur d’exercer un bullshit job, si vous passez la journée à chercher du sens au bureau, sachez que ce n’est pas en ouvrant ce livre et en parcourant les six nouvelles qui le constituent que vous en trouverez davantage. Le seul point commun de ces six écrits (ils devaient être sept, en intégrant La Chute, mais il faut croire que Camus a changé d’avis) est d’avoir pour personnages principaux des hommes et des femmes que le sens a désertés, qui s’épuisent et se perdent dans une illusoire quête du bonheur, pétrifiés par la mort, leur finitude et les dilemmes moraux auxquels les confrontent leurs routines : un dépressif, un déçu, un contrarié, un instituteur, un ingénieur, une femme au foyer… D’Alger au Brésil, en passant par Paris, Camus dépeint d’une écriture aride et directe des situations de crise, où nostalgie et lassitude viennent distiller un tenace sentiment de déclin. Dernière oeuvre publiée de son vivant, L’Exil et le Royaume n’a certes pas la force de La Peste, la clairvoyance de L’Homme Révolté, le génie de L’Etranger ou la douceur de Noces ; mais il contient tout cela en germe.

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Un homme qui dort

Un homme qui dort, publié en 1967, succède au succès des Choses, chef-d’oeuvre de précision sociologique doublé à l’ironie qui annonce la prose houellebecquienne. Signé d’un Perec encore incognito (et pas encore à l’Oulipo), Un homme qui dort ressemble davantage à un Molloy de Beckett ou un Paludes de Gide en se faisant la chronique de l’immobilisme de son personnage. Il partage son temps entre attente inerte dans une minuscule chambre de bonne et escapades nocturnes dans Paris, quand la ville à son tour s’endort. Notre homme - à qui Jacques Spiesser donnera ses traits dans le long métrage réalisé par Perec et Bernard Queysanne - pourtant ne dort pas. C’est plutôt dans une veille éteinte, un ennui confinant à la transe qu’il s’enlise, perdant peu-à-peu tout contact avec un réel qui le fuit. L’attention aux détails de Perec - qui tutoie son personnage -, la tonalité neutre et clinique de phrases décortiquant l’évidence se font bientôt hypnotique épuisement du réel. Nous devenons le spectateur impuissant de la fuite d’un personnage hors du monde et hors du temps, pour qui l’errance urbaine n’est plus qu’un décor et l’exiguë chambre de bonne une métaphore d’un esprit sans volonté ni désir, sidéré par le réel et prenant le parti de donner le temps au temps, d’éprouver l’infra-ordinaire.

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Degas danse dessin

Né d’une compilation de textes épars parus entre 1893 - l’année au cours de laquelle Paul Valéry rencontre Edgar Degas - et 1936, Degas, Danse, Dessin est un livre étrange, drôle et délicat qui, tout en faisant de la figure de Degas son sujet exclusif, n’emprunte ni à la biographie ni à la critique (que Valéry a en horreur). L’ouvrage oscille entre mémoires (faits, souvenirs et fictions) et authentique traité tant l’art du peintre se fait le miroir de la pratique du poète, et devient prétexte à un véritable art poétique de Valéry en faveur de la ligne pure, du goût de l’absolu, de la digression poussée comme art et des prémices de l’abstraction. On goûte au travers de ces pages à l’élégance de la plume de Valéry qui dresse un portrait édifiant de la personnalité paradoxale de Degas, réinvente son oeuvre dans la langue tout en épousant au plus près, avec justesse, le geste du peintre. Degas, Danse, Dessin se fait surtout une double porte d’entrée : dans l’oeuvre de Valéry, qui distille dans ce livre motifs et obsessions qui hanteront son écriture, et dans la fin d’un XIXème siècle marqué par l’autonomisation de la peinture, laissant la littérature esseulée dans le gouffre vertigineux de la représentation du réel.

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Le Temps du mépris

Y-a-t-il pire destinée pour un livre que d’être renié par son auteur, qui s’opposa même à une publication de ce « navet » parmi ses oeuvres complètes ? Sans doute oui : voir figurer dans notre sélection ce même livre lorsque l’on a délibérément tenté de le faire oublier. Pauvre Malraux, qui doit se retourner dans sa tombe. Trop politisé, trop démonstratif, en somme trop pris dans son époque, Le Temps du Mépris n’a jamais été reconnu pour ses qualités littéraires. Le récit suit la fuite d’un écrivain communiste traqué par les nazis, son internement dans un camp de concentration et sa libération - fruit du sacrifice d’un pair. Au gré de pages abruptes et revendicatrices dans lesquelles Malraux dénonce le fascisme tout en évoquant sa désillusion de son retour d’URSS, l’écrivain se permet quelques longues digressions sur le sens de l’histoire, l’expérience esthétique et la politisation de l’art. Ce sont dans ces parenthèses que tient la richesse de cet ouvrage qui recèle quelques clés pour comprendre ce monument du XIXème siècle, embrasser sa pensée, approcher ses faiblesses.

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Nord

Figure majeure des lettres françaises mais personnalité obscure à l’idéologie nauséabonde, Céline est ce génie du verbe qui - comme Drieu la Rochelle - épouse les causes les plus noires de son époque, jusqu’à en emprunter les tournures et l’imagerie. S’il n’a pas les relents antisémites de Bagatelles pour un massacre, ce dernier roman de Céline, publié un an avant sa mort, prend des accents biographiques en relatant le périple du narrateur (ou « chroniqueur » comme le nomme Céline) de Meudon à Baden-Baden, fuyant les représailles de l’épuration à la Libération. Le narrateur et sa compagne s’enfoncent dans une Allemagne dévastée, à genoux, brisée par la défaite et la honte. Sous les bombardements alliés, Céline - puisque peu de place est laissée au doute quant à l’homologie avec le narrateur - éprouve la privation et la peur et s’enfonce dans une quête ascétique de rédemption. Au nord, le Danemark fait figure d’ultime échappatoire pour tirer un trait définitif sur le délire morbide de la guerre et les longues cicatrices qui resteront à panser. Nord n’est pas un mea culpa mais une recherche intime de repos et d’apaisement.

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Les onze mille verges

Il serait exagéré de prétendre que Les Onze Mille Verges sont un ouvrage méconnu de l’auteur d’Alcools. Il fait d’ailleurs partie du panthéon des amateurs de livres que l’on ne lit que d'une main. Mais ce qui vaut à l’ouvrage sa place dans cette sélection, c’est l’écart qu’il suscite par rapport au reste de l’oeuvre d’Apollinaire qui, s’il ne s’est jamais interdit d’être cru, volontiers provocant, savamment abrupt, n’a à aucun moment la violence condensée des mots et des images mentales présents en ce roman en tout point pornographique, montrant sans ne rien cacher jusqu’à entraîner le lecteur dans les tréfonds d’une jouissance noire. Sous une plume décadente et volontiers rieuse sont malmenés corps et organes dans une déferlante désirante qui, du sadisme à la nécrophilie, en passant par la scatophilie et la zoophilie, n’oublie aucune des perversions humaines. A mi-chemin entre Sade et Georges Bataille, Apollinaire célèbre le sexe exultant et épuise les synonymes de nos organes du plaisir. Rien que pour le florilège lexical qui pousse loin l’effort de reformulation, plongez-vous dans cette débauche du verbe.

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Photo : France #33, par Michel Houellebecq (DR)

Commissaire d'exposition et cofondateur du collectif BLBC, Arnaud Idelon est avant tout un grand passionné de lecture à la recherche de la moindre pépite, culte ou méconnue.

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