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Joie : des livres méconnus de Balzac, Flaubert, Zola, Stendhal, Proust...

Stendhal, Balzac, Flaubert, Zola… Le XIXe siècle français a fière allure. On ne compte plus les chef-d’oeuvres signés des grands noms de ce panthéon des lettres, ouvrages cultes siégeant sur nos bibliothèques, repères à citations fleurant bon les bancs du lycée. On en oublie des livres plus confidentiels qui pourtant racontent leurs auteurs autant que Le Rouge et le Noir ou Germinal. Ecrits de jeunesse, exercices de style, expérimentations formelles, carnets de voyages, dérives mélancoliques ou encore pastiches, ces textes périphériques et méconnus se font la face B du siècle d’or des lettres françaises, ainsi qu’une porte d’entrée détournée dans la production de leurs auteurs superstars. 

Théorie de la démarche

On connaît de Balzac ces pavés de littérature réaliste que sont Eugénie Grandet, Le Père Goriot ou Illusions perdues et auxquels on borne bien trop souvent le démiurge de la Comédie humaine. On connaît aussi ces excursions fantastiques aux consonances romantiques de La Peau de chagrin, Ferragus et la Fille aux yeux d'or ou encore Le Chef-d'oeuvre inconnu qui placent Balzac à mi-chemin entre Théophile Gautier et Hoffmann dans l'accès au rêve et au surnaturel. Peu connaissent en revanche Balzac le sociologue, observateur infatigable des moeurs de ses contemporains et fin analyste des marqueurs sociaux de leur statut. Bien avant Perec ou Michel de Certeau, Balzac fait courir son regard depuis une terrasse de café sur le geste qu’est la marche et entre dans une analyse tant fouillée qu'ironique qui emprunte à la science sa méthodologie et met au jour avec une rigueur amusée les consonances sociales, symboliques et culturelles du fait de mettre un pied devant l'autre. Ce petit bijou empruntant tant à l'essai qu'au traité ou à la satire continue aujourd'hui d'inspirer : c'est le cas de Marielle Macé et son ouvrage Styles, Critique de nos formes de vie.

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Un parfum à sentir

Ecrits précoces que ces deux textes, Un Parfum à Sentir et Passion et Vertu, signés d’un Flaubert alors âgé de quinze ans. Ils se distinguent par la modernité de leur sujet et une justesse du style qui fera la marque de fabrique de l’auteur de Madame Bovary. C’est surtout par sa capacité à se projeter vers une subjectivité féminine et en embrasser l’intimité que Flaubert annonce la teneur se son oeuvre. Femme trompée ou femme ignorée, les personnages de ces courts textes oscillant entre nouvelle et fable sont les incarnations d’une condition féminine bafouée par le phallocentrisme d’une société encore patriarcale et traditionnelle. Avec une grande empathie et une finesse d’analyse certaine - parfois contredite par des élans de révolte mal formulés - le jeune Flaubert relève le défi littéraire de se fondre dans la psychologie du « deuxième sexe » - avec les inévitables maladresses qui en découlent - tout en égratignant le sexisme ambiant de son temps. Il ouvre ainsi la voie à Octave Mirbeau et son Journal d’une femme de chambre et la longue liste d’auteurs se projetant dans le sexe opposé, de Philippe Djian à Éric Reinhardt.

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Une page d'amour

Fatalisme naturaliste et noirceur de la plume, ce roman porte en lui les gènes de l'écriture de Zola sans pourtant être chargé de la violence directe et la charge politique de L'Assommoir ou autres Germinal. Le livre est d'ailleurs apaisé, pacifié et comme résigné face au destin tragique de ses personnages. Le mot est juste tant le roman emprunte à la tragédie antique : la mère d'une jeune fille à la composition fragile s'éprend du médecin de celle-ci. Alors qu'une passion naît entre les deux amants, la situation - non ignorée par Jeanne, la jeune malade - mène progressivement cette dernière à une lente agonie et sa mère à la culpabilité et au renoncement. Sous la plume élégante de Zola s'écrit un roman d'un impitoyable délicatesse, nous faisant embrasser les dilemmes moraux de chaque personnage, le poids des moeurs, la recherche de la rédemption et la morsure de l'abandon. Sous le luxe des robes et des parures, les tapisseries ornées des riches intérieurs et les images mentales d'un Paris résolument printanier, c'est toute la cruauté du désir et les affres de la condition humaine qui nous sont dévoilées. On découvre avec Une page d'amour un Zola psychologue et poète, influencé par l'esthétique fin de siècle qui s'annonce.

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Fort comme la mort

Bertin, esthète mondain et peintre favori de la haute société parisienne, s'entiche de l'un de ses riches modèles jusqu'à en tomber follement amoureux. Anne de Guilleroy devient sa maîtresse mais très vite la passion initiale laisse la place à une tendresse apaisée et passive. Same old story... Tout va changer avec la rencontre de la fille de sa maîtresse, qui fait plonger Bertin dans une violente mélancolie. La jeune fille lui renvoyant l'image de la candeur passée de celle qu'il a amoureusement peinte, l'artiste est aux prises avec des sentiments destructeurs qui le font sombrer dans la folie. Ce cinquième roman de l'auteur de Bel Ami n'a pas la brièveté et l'efficacité narrative auxquelles Maupassant nous a habitués mais incarne à la perfection l'esprit fin de siècle et son obsession chronique du déclin. Rêverie grandiose sur la vieillesse, l'érosion des sentiments et du désir, Fort comme la mort reste sans équivalent dans l'oeuvre de Maupassant, et un chef-d'oeuvre certain de la littérature décadente.

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Les 21 jours d'un neurasthénique

Farouche dreyfusard et anarchiste accompli, Octave Mirbeau est journaliste, critique d’art et romancier. Il demeure pour la postérité l’écrivain du Journal d’une femme de chambre qui fera mouche en alliant analyse psychologique fine et acerbe critique sociale et par ce geste littéraire éminemment moderne : un narrateur masculin se glissant dans la subjectivité d’une femme. Les Vingt-et-un Jours d’un neurasthénique prolonge ce goût pour la psychologie au travers d’une galerie de portraits au vitriol des « notables » que pratique le narrateur, forcé à l’inertie en villégiature dans les Pyrénées. Ces vingt-et-une rencontres avec des figures caricaturales de la grande bourgeoisie de l’époque, grinçantes et caustiques, nous dressent en creux le paysage social de cette fin de siècle et sont servies par une plume incisive, maniant subtilement ironie et sarcasme pour aboutir à une moquerie cruelle et jouissive qui ne laissent personne, pas même le lecteur, indemne. On rit beaucoup de ce condensé de mauvaise foi et d’arrogance tapageuse, qui renvoie chaque personnage aux grandes tares de l’humain - et, forcément, on se sent visé ! 

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Les Plaisirs et les Jours

Premier roman de Marcel Proust, publié à l'âge de vingt-cinq ans, quelques dix-sept années avant La Recherche, Les Plaisirs et les Jours est un recueil hybride, bancal et enchanteur qui révèle à la critique une plume douée mais naïve, butinant dans le style des grands auteurs de son époque sans trouver sa voix propre. C'est, au même titre que Pastiches et Mélanges qui paraîtra en 1919, un exercice de style pour un jeune ambitieux qui hâte son entrée en littérature par des fulgurances malhabiles et forcées, cachant mal inspirations et aspirations. Cet ouvrage, que Proust renia lors de la réédition de La Recherche le fit d'ailleurs passer pour un poseur, tout occupé à se façonner l'image d'un dandy céleste. L'écrit de jeunesse regorge pourtant de beaux passages et se fait la porte d'entrée idéale dans le vaste monde de Proust : intrigues mondaines, amours rêvées et désirs contraints dans un univers éthéré gorgé de soleil, bercé de brise normande et de la douceur enfantine des souvenirs. 

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Rome, Naples et Florence

Sur le papier, cet écrit périphérique de Stendhal (d’ailleurs premier texte publié sous ce pseudonyme) s’apparente au très classique carnet de voyage d’un éternel touriste. Il n’en est rien. D’abord parce que malgré la trilogie de son titre, le texte se dédie presque exclusivement à l’apologie de la ville de Milan, du charme de ses habitants et de son ébullition culturelle. Milan qui sera l’étalon auquel se trouveront confrontées les autres villes, sans jamais tenir la comparaison. C’est de Milan que part le récit et c’est à Milan que toujours il revient, faisant de ce recueil un portrait en creux de la ville du duomo et un ode à ses plaisirs. Mais Rome, Naples, Florence ne tient pas davantage les promesses de son titre quant à la consignation factuelle que l’on attend d’un carnet de voyage. De fait, le livre édité en 1817 (puis en 1818 et 1826) s’agrémente à chacune de ses successives versions d’une épaisseur romanesque nouvelle, accueillant anecdotes, fictions et souvenirs. Cette matière neuve s’agrège à la trame initiale de ses séjours vécus, faisant de Rome, Naples, Florence un complexe voyage mental entre réalité, mémoire et fantasme qui cristallise atmosphères, impressions fugitives et chocs esthétiques - plus efficace que le meilleur des Lonely Planet et consorts !

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Paludes

Paludes est le sixième texte d’André Gide, un ovni littéraire publié à l’âge de vingt-six ans. Englué dans le désoeuvrement d’une génération apathique et désabusée, attendant le siècle nouveau comme un opiomane attend la prochaine dose, et lui-même forcé à l’inertie par une puissante dépression nerveuse le condamnant à des cures à répétition, Gide signe avec ce texte une oeuvre inclassable, dérangeante et résolument moderne. Pour simple péripétie, un narrateur qui écrit le roman que l’on lit (Gide invente avant Les Faux-monnayeurs la mise en abîme) et les interminables préparatifs d’un voyage qui l’amènera en proche banlieue. Entre séjours imaginaires et quotidien amorphe, on pense à Huysmans ou Beckett en flirtant avec un texte qui oscille entre journal et agenda - sans cesse contrarié par d’insignifiants reports. Lorsque l’on quitte les boucles et répétitions de l’écriture, c’est dans une autre routine que l’on s’enlise : celle de la mondanité d’un Salon, décor que Gide parodie en écorchant d’un humour acéré la scène littéraire de son temps. Livre du vide, de l’immobilité et de l’ennui, Paludes est un voyage littéraire dans l’univers de Gide, ses âpres contradictions et les grands motifs qui habiteront son écriture.

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Commissaire d'exposition et cofondateur du collectif BLBC, Arnaud Idelon est avant tout un grand passionné de lecture à la recherche de la moindre pépite, culte ou méconnue.

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