We think that you are in United States and that you would prefer to view Bookwitty in English.
We will display prices in United States Dollar (USD).
Have a cookie!
Bookwitty uses cookies to personalize content and make the site easier to use. We also share some information with third parties to gather statistics about visits.

Are you Witty?

Sign in or register to share your ideas

Sign In Register

Iran 1979 : dix romans pour tourner la page de la révolution

« Attends, viens, approche, je vais te dire un truc : le Shah c’était un connard et les islamistes, c’est encore plus des connards mais chut ok, faut pas parler fort ici. »

Tous les passagers s’étaient retournés vers nous. Lui, c’était Hussein. Je l’ai rencontré sur un Paris-Téhéran. Hussein est comme tous les Iraniens que je croise. Pro et/ou anti-révolution de 1979, ils ne savent pas vraiment. Et quand on ne veut choisir ni un camp ni l'autre en politique, la littérature reste le meilleur des refuges. Histoire de vainqueurs, de vaincus, d'exilés, de militants : retour sur dix livres issus de la révolution iranienne.

La Cage dorée

Shirin Ebadi a été en 1974 la première juge en Iran, et je tiens à le rappeler tant j'admire cette femme. Après la révolution de 1979, contrainte d'abandonner son poste pour les raisons qu'on imagine, elle devient avocate des dissidents politiques. Depuis 2009, elle vit en exil à Londres. Dans La Cage dorée, l'avocate est écrivaine. Au cours d'une révolution, le principal danger n'est pas dans la rue mais autour du repas familial. Shirin l'a bien compris et raconte le destin de son amie Pari et ses trois frères : Abbas, général de l'armée du Shah, Javad, activiste communiste et Ali, admirateur de l'ayatollah Khomeyni. Lorsque la politique s'immisce dans un foyer, le résultat est souvent cruel. 

Buy the Book
Marx et la poupée

Goncourt du premier roman en 2017, Marx et la poupée est une fable, un journal intime. Publié par la maison d'édition indépendante Le Nouvel Attila, ce récit passe sans transition du Téhéran des années 80 au Paris d'aujourd'hui, d'un paragraphe à l'autre. Parfois même du français au persan pour citer des poèmes d'Omar Khayyâm ou Hâfez dans leur langue originale. La forme est libre comme l'écrivaine, « Je ne suis pas un arbre, je n'ai pas de racines », écrit-elle. Mais nul besoin de racines lorsqu'on trouve l'amour des mots. Le sujet de ce livre est la langue, la relation qu'on entretient avec sa langue maternelle et d'adoption. Les langues comme seule racine possible pour atteindre la liberté.

Buy the Book
Ma part d'elle

Difficile d'être Iranien et ne pas être nostalgique des années 70 quand Googoosh, la Fairouz persane, résonnait à chaque coin de rue. Au bord de la mer Caspienne, des femmes se baladaient en maillot une ou deux pièces, reluquées par des hommes assis une bière à la main. Nostalgique, Javad l'est dans Ma part d'elle, et je ne peux pas lui en vouloir tant il est agréable d'être transporté dans une époque qu'on aimerait revivre. Mais son récit devient poignant lorsque Nilou devient la proie du narrateur. Jusqu'où l'homme peut-il aller pour conquérir le coeur d'une femme qu'il aime ? Jusqu'à quel point peut-il mentir et trahir? En traversant vingt ans de l'histoire iranienne, Javad construit et déconstruit l'engagement politique à travers le prisme d'une passion amoureuse.

Buy the Book
Le Meilleur des jours

« Karl Marx et mon père avaient un point commun : ils ne travaillèrent jamais pour gagner leur vie. "Les vrais révolutionnaires ne travaillent pas", affirmait mon père. »

Pour son premier roman, l'écrivaine Yassaman Montazami raconte l'histoire de son père. Né avant terme, nommé Behrouz - en persan, « le meilleur des jours » - il passera sa vie entre Paris et Téhéran. Autour de lui, des Iraniens en exil et des personnages improbables comme un poète libertin, un opiomane ou une épouse de colonel en fuite. Le Meilleur des jours retrace la vie d'un idéaliste, un pitre incapable de prendre la vie au sérieux et évoque un monde aujourd'hui disparu.

Buy the Book
Persepolis

Avant d'être un film d'animation, Persepolis est un roman graphique en noir et blanc. En 2014, il s'est retrouvé dans la liste de l'American Library Association des livres les plus exposés à la censure aux États-Unis car considéré indécent, violent, offensant politiquement, racialement et socialement. Pourtant ce n'est que le récit d'une adolescente iranienne née à Téhéran, par la suite devenue exilée. Quatre volumes écrits et illustrés par Marjane Satrapi. Du voile en Iran au statut d'émigré en Europe, Persepolis est le témoignage d'une femme libre.

Buy the Book
Je viens d'ailleurs

« On me demande souvent d’où je viens. Cette question, je me la suis posée à mon tour, et ce livre est ma réponse. Je viens d’où je parle, je viens d’où je regarde. Je viens d’ailleurs. »

Je viens d'ailleurs est le roman révolté de Chahdortt Djavannn, une femme iranienne qui n'a jamais étouffé ses mots pour exprimer son amour des livres et sa détestation des mollahs. Dans son premier roman publié en 2002, les souvenirs hantés de son adolescence sous le régime islamiste succèdent à ceux de ses premiers jours d'exil à Paris. C’est un cri du coeur. La romancière court derrière ses démons et se redécouvre écrivaine.

« Il y a sept ans, je ne savais ni lire, ni écrire, ni parler. Pas un mot. C'était une nuit d'hiver, j'arrivais à Paris. Je me promenai sur les quais de la Seine et sentis ma passion de l'écriture, ma passion d'enfance ressusciter. »

Buy the Book
Le Court des miracles

Tapez Mansour Bahrami sur YouTube et regardez cet homme de spectacle, ce show-man, ce magicien. Il joue en costume cravate à Roland-Garros, sert avec seize balles dans la main gauche, réalise des tweener à tout-va. Il grimace, sue, grogne. Yannick Noah parle de lui avec ces mots : « Il avait un look incroyable avec sa grosse moustache en bataille et ses chaussettes aux élastiques usés. L’une était remontée, l’autre baissée. Il ressemblait à un animal en cage. Sans le vouloir, il faisait déjà marrer tout le monde. En plus, il avait une façon unique, totalement incongrue, de jouer (...). On me demande souvent d’évaluer le niveau qu’il aurait pu atteindre s’il avait bénéficié d’un minimum de facilités, si sa vie avait été plus simple. Il aurait probablement gagné beaucoup plus de matches, beaucoup plus de titres. » Né à Arak en Iran, la vie de Mansour est un roman dont la révolution de 79 a été l'un des bouleversements. Le premier chapitre commence ainsi : « Je suis né ruiné le 26 avril 1956. »

Le Colonel

« Dans une révolution, chacun court après son désir personnel, sauf s'il est jeune. La jeunesse... La jeunesse... Comment savoir si les jeunes recherchent leur intérêt ? Dans la révolution, chaque jeune recherche sa vérité, la vérité de sa propre existence, outre que la révolution est pour la jeunesse la forme suprême de l'excitation. Dans cette effervescence absolue, le jeune est comme une colombe qui s'envole vers le soleil, si près du soleil qu'elle s'y brûle les ailes. L'envol des jeunes vers la vérité, c'est exactement cela ! C'est ça, voilà comment la révolution m'a pris mes deux enfants. » Ces mots sont ceux d'un colonel. Un vieux militaire ayant servi le Shah d'Iran, hanté par les fantômes du passé : la mort de trois de ses enfants, sacrifiés au nom de la révolution et aussi le meurtre de sa femme qu'il a lui-même punie pour adultère. Difficile d'accès au premier abord, le récit n'accordant aucune pause, aucune respiration, Le Colonel de Mahmoud Dowlatabadi devient passionnant lorsqu'on réussit à s'y plonger.

Buy the Book
Debout sur la terre

Fereydoun, séducteur et réalisateur d'une feuilleton à succès aide Monsieur V., biographe de Victor Hugo et ex-conseiller du Shah, à quitter clandestinement sa terre natale. L'Iran est devenue République Islamique. À la frontière, alors que cet homme de l’ancien régime court vers l’exil, lui, le cinéaste, ne sait pas. « D'un côté l'Europe, Paris, cette femme (Ensiyeh) qu'il aime depuis longtemps (...) Et de l'autre côté l'Iran, un Iran embrouillé, inconnu, un nouveau pays où tout est à refaire. » Nahal Tajadod raconte dans son roman Debout sur la terre la destinée d'une femme et de deux hommes dans l'histoire chaotique de l'Iran du XXe siècle. Riches et cultivés, ils pensaient détenir le pouvoir. Dans l'excellent hors-série « Iran 2017 » du journal Le Monde, la romancière dit lors d'un entretien avec Antoine Flandrin : « Il faut toujours se préparer au pire. Avec la révolution, j'ai appris que rien n'est définitif. On peut avoir et le lendemain ne plus avoir. » Ce que les personnages du roman avaient oublié : ils croyaient leur monde immuable.

Buy the Book
Désorientale

Peut-être le moins bien écrit des livres de cette liste de lecture, Désorientale, premier roman de Negar Djavadi, reste néanmoins un texte déboussolant entre l'Iran d'hier et la France d'aujourd'hui. Un joyeux foutoir où l'on découvre l'histoire des Sadr sur trois générations, notamment Darius, le père de la narratrice. Dans un article du Monde daté du 2 février 1989, Darius est décrit comme « le premier intellectuel qui interpella directement le Shah. Dans la lettre ouverte qui lui adressa en 1976 (...) il dénonça ouvertement les incohérences du régime, la répression et l'absence de liberté d'expression, le fossé économique entre l'élite et le peuple tenu à l'écart des profits colossaux engendrés par l'argent du pétrole. » C'est ce même homme qui a adressé à Khomeini, après l'un de ses discours-fleuves au cours duquel il avait lancé au peuple « Il faut casser les stylos », une lettre sous la forme d'un article intitulé « Les stylos ne se brisent pas ».

Buy the Book

D'une mère née au Liban et d'un père au Ghana, Sabyl a grandi à Paris sous la coupe d'une mama capverdienne. Photographe et journaliste, il a été entre 2011 et 2015 directeur du festival du film ... Show More