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Être jeune, c’est écouter de la musique

L’amour du rock, de la pop, du RnB ou du disco est-il particulièrement lié à la jeunesse ? Est-ce le symptôme d’un refus de grandir ? L’apanage de personnages immatures, ou spécialement à côté de leurs pompes ? Quatre romans explorent les liens entre musique, histoires d’amour et premiers pas dans la vie professionnelle.

Haute fidelité

Nick Hornby est un essayiste et critique musical chauve à l’air sympa, mais c’est surtout son troisième livre, Haute fidélité, en 1995, qui l’a rendu célèbre. Rob Fleming, son héros, 36 ans, propriétaire d’un magasin de disques dans une ruelle paumée à Londres, vient de se faire larguer comme une vieille chaussette par Laura qui le quitte pour leur voisin, dont ils entendaient régulièrement à travers le mur les performances sexuelles.

Comme il arrive en pareille occasion, Rob en profite pour tirer un grand bilan de ses relations avec les femmes (« adulescentes », diagnostiquerait un psy) et de sa vie professionnelle (« perspectives limitées », commenterait un DRH), avec une tchatche et une franchise enthousiasmantes (s’emballe le lecteur) : « Avant de me juger – mais c’est sûrement fait – sortez d’ici et notez les quatre pires choses que vous ayez faites à votre partenaire, même si – surtout si – votre partenaire n’est pas au courant. N’enrobez pas ces choses, n’essayez pas de les expliquer ; notez-les, c’est tout, faites-en la liste la plus sèche possible. Ça y est ? Alors, le sale connard, c’est qui ? »

Tout tourne autour de la musique. Sa rencontre avec Laura quand il était DJ, son aventure avec une petite chanteuse folk, les gamineries de ses employés (qu’on dirait sortis du film Clerks) se foutant des clients qui demandent de mauvais disques, les disputes de geeks autour de leurs Face A ou compiles préférées… Ces scènes sont émaillées des réflexions de ce personnage désabusé, pas tellement fier de lui : « Je ne suis manifestement pas un adulte faisant un métier d’adulte. » Parfois profond, dans sa fan attitude : « Est-ce que je me suis mis à écouter de la musique parce que j’étais malheureux ? Ou étais-je malheureux parce que j’écoutais de la musique ? Tous ces disques, ça ne peut pas rendre neurasthénique ? »

Il ne se prive jamais, quoi qu’il en soit, de nous faire part d’observations cinglantes, comme lorsqu’il rend visite à des amis qui se justifient toute la soirée d’être en couple : « Ils sont… les avocats de leur propre vie, comme si j’étais venu du nord de Londres les arrêter pour monogamie.»

Truffé de flash-back, le récit avance par à-coups, à mesure que Rob accumule les tentatives pour oublier ou récupérer Laura – nous ne révélerons pas la fin.

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Comment se dire adieu

L’héroïne de Comment se dire adieu, Geraldine Coleshare, plaque sa thèse sur Jane Austen et la guerre des sexes lorsque le patron d’un bar qu’elle fréquente lui arrange une audition pour remplacer la choriste d’un groupe de RnB qu’elle adore : Ruby Tremblay et les Tremblettes. La seule choriste blanche. Une décision pas si difficile à prendre : notre thésarde n’avait « aucune envie d’écrire quoi que ce soit là-dessus ou sur un autre sujet », pas plus que de devenir salariée. « Je ne voulais pas mettre des vêtements d’adulte pour chercher un emploi dans la publicité. En fait, j’étais depuis toujours fan de rock’n roll. » La voilà s’engageant pour une tournée en minibus des petites villes du sud des États-Unis – au désespoir de ses parents.

Quelle gamine, pourrait-on se dire. Un projet foireux. Une fuite. Une crise de post-adolescence ! Pas sûr… Géraldine s’éclate : « J’adorais nos costumes de scène et nos chaussures luminescentes. J’adorais me déhancher et suer devant ces enceintes géantes. » Après des années « à ne pas vraiment comprendre la critique structuraliste (…) j’étais soudain devenue quelque chose de réel. »

La tournée, malheureusement, prend vite fin. Et le roman, magistral, porté par le seul charme de son écriture et de son héroïne sans véritable but, raconte comment Geraldine aborde ces étapes classiques : mariage, enfant, amant (et emploi improbable dans une association qui collecte de la musique folklorique juive). Le tout puissamment coloré par la nostalgie de cette expérience fondatrice de bonheur : être une Tremblette. 

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Les Derniers Jours du disco

Whit Stillman fait tout à l’envers. Au lieu de piller les romans des autres pour en faire des films, comme tout le monde, ce réalisateur américain novélise son propre long métrage, Les Derniers Jours du disco. Bien lui en a pris ! Après le film (1998), le roman (2000) est acclamé par la critique. Pourquoi l’écrire ? «Pour l’amour de l’art », confesse-t-il à travers Jimmy Steinway, son double-narrateur ; surtout, « parce que ces événements sont encore chargés d’émotion bien qu’ils se soient déroulés il y a près de vingt ans».

Le récit, très autobiographique, touchant, lui permet d’explorer en profondeur des pans de l’histoire laissés en plan dans le film. De mieux comprendre pourquoi entre les deux jeunes éditrices le héros est sorti avec Charlotte plutôt qu’Alice, qu’il aimait en secret. Tout s’est joué au Club. La boîte to be – si on parvient à y entrer. C’est là que s’enchaînent les tubes disco de Sister Sledge, Diana Ross ou Chic, au cours de soirées mémorables. Là que se font et se défont les amitiés, que se lient et se délient les langues et les cœurs : « Que le Club fût une sorte de laboratoire du désir, qui eût pu le contester ? »

L’omniprésence du disco, mouvement disparu, sature de regrets la mémoire affective, mais le roman, évidemment, n’a rien d’une chialade. Il pétille de dialogues certifiés d’époque (où sont passés les « yuppies »?), multiplie les observations sociologiques, sur les appartements-wagons à Manhattan ou sur les paradoxes vestimentaires de la mode new-wave : « Si on se la jouait “non cool” à fond, on avait une chance d’être pris pour quelqu’un de très cool. » Bref, une virée épatante chez la jeunesse du début des années 80. 

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Bande originale

Ce journaliste à Rolling Stone a fait un bestseller avec l’histoire d’amour que tout le monde voudrait vivre : la sienne. Sauf la fin, puisqu’elle finit en tragédie. Love is a mix tape: life and loss, one song at the time (en vo) est le roman sur le rock des années 90 le plus tripant et déchirant qui soit.

Étudiant, ce petit geek musical de la côte Est, de tradition catholique, coincé, écoute des disques dans sa chambre. À toutes les filles qui lui plaisent, il sort le même refrain : « Je vais te faire une compile ! » Avec Renée, ça marche : c’est ainsi qu’une tornade des Appalaches fait irruption dans sa vie.

Renée sort, chante à tue-tête, se fait plein d’amis, coud elle-même ses vêtements, veut à tout prix un chien. C’est l’enthousiasme fait femme. Ensemble, ils vont à des milliers de concerts, écrivent dans des fanzines, accueillent chez eux des groupes de passage. Leur vie baigne dans la musique. Ils ont des compiles pour tout : la vaisselle, les disputes, le sexe. (Chaque chapitre s’ouvre sur une compile : Pavement, L7, REM, My Bloody Valentine…) Ils fêtent leurs cinq ans en se prenant une cuite et en écoutant « Five years » de David Bowie encore et encore: « “Five years ! hurlions-nous en chœur. That’s aaaooowwwlll we got!’’ Et c’était bien tout ce que nous avions. » Un jour, Renée tombe raide morte sous ses yeux dans le salon : embolie pulmonaire.

Rob Sheffield n’en fait pas des caisses avec son deuil. Pour que notre cœur se brise, il lui suffit de dire que pendant longtemps, lorsque passait « Creep » de Radiohead (sur une compile), il entendait : « I’m a widow » (je suis une veuve) plutôt que : « a weirdo » (un mec louche). Face à la perte, il n’y a pas d’adulte qui tienne.

Un livre à mettre entre toutes les oreilles.

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Né en 1978. Habite dans le sud de la France, où il lui arrive de lire à la plage. Revers foudroyant au ping-pong, comme il convient à un gaucher. Verseau. Incollable sur la cuisson des aubergines ... Show More

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