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Censure, violence et dystopie : le manga façon « Black Mirror » de Tetsuya Tsutsui

Mystérieux et discret. Voilà sans doute les deux adjectifs qui décrivent le mieux le mangaka Tetsuya Tsutsui, auteur des courtes séries apocalyptiques Poison City et Prophecy, et du one-shot Reset. Victime à ses débuts de la censure japonaise qui aujourd’hui encore condamne de nombreux artistes, Tsutsui a commencé à se faire un nom en publiant ses histoires sur le net. C’est ainsi que deux Français, Cécile Pournin et Ahmed Agne, fondateurs des éditions Ki-oon, le découvrent, marquant le début d’une longue collaboration qui permettra à Tsutsui de connaître la consécration en France au début des années 2000… avant même d’être publié dans son pays natal !


Il faut s’armer de courage pour se plonger dans l’œuvre ultra-réaliste de Tsutsui. À la manière de la série britannique Black Mirror, celui-ci a l’art d’inventer les pires scénarios possibles et donner une vision terrifiante de notre avenir dont le monde actuel porte déjà les immondes prémisses. Cybercriminalité, censure, précarisation de la société, esclavage moderne, marginalisation des individus, atteinte aux libertés individuelles et capitalisme sauvage : tous les ingrédients sont réunis pour servir une critique impitoyable de la société japonaise soumise au diktat du « Marche ou crève ». De quoi nous donner l’envie d’appuyer sur Reset et tout recommencer. Pour lecteurs avertis.


Manhole t.1

Manhole est la pomme de la discorde entre Tsutsui et le gouvernement japonais. C’est l’œuvre qui lui a valu une interdiction de mise en vente dans la préfecture de Nagasaki en 2009 au motif qu’elle serait une « incitation considérable à la violence et à la cruauté chez les jeunes ». Tsutsui ne découvre cette décision que quatre ans plus tard en naviguant sur Internet. Cet épisode lui inspirera Poison City.

Dans Manhole, Tsutsui délaisse le dark web, sa marotte habituelle, pour le terrorisme bactériologique. Dans la ville de Sasahara, un homme est retrouvé mort, nu, en pleine rue. L’autopsie montre qu’il a succombé à un virus mystérieux, susceptible de décimer la population nippone : la filariose. Les victimes sont infestées par un ver qui leur grignote le cerveau, les vouant à une mort affreuse. Très vite, il apparait que cette contamination n’a rien de naturel et serait le fait d’un complot terroriste. Un duo d’enquêteurs (un vieux de la vieille et son assistante ingénue) essaye d’identifier le coupable avant que la pandémie devienne incontrôlable. Que les lecteurs impatients se rassurent : la solution est livrée au bout des trois tomes, format de prédilection des séries de Tsetsui. On sort lessivés et glacés de ce thriller scientifique au rythme haletant. Et on en redemande.   

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Reset

« Votre vie est un échec, appuyez sur RESET ». C’est le message qui apparaît aux joueurs du jeu de rôle en ligne Dystopia et les pousse au suicide. Dystopia a ainsi fait de nombreux morts, tous habitants du même quartier, et si la police est sur le coup, il semble impossible de mettre la main sur celui qui tire les ficelles de cette horrible machination. Les espoirs reposent à présent sur les épaules du jeune hacker Junsuke Kitajima, engagé par le gouvernement pour reprendre l’enquête et traquer le coupable à travers un labyrinthe virtuel... mais confondant de réalisme. Alors que le Japon enregistre l’un des plus forts taux de suicide au monde, il est intéressant de voir comment Tsutsui contourne les écueils de ce sujet et concentre son analyse sur l’évolution inquiétante des jeux en réseau.

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Duds Hunt

Tout comme Reset, Duds Hunt est un one-shot qui interroge la place de la morale dans le monde virtuel. Tsutsui se garde bien de répondre à cette question épineuse. En maître incontesté de l’immersion, il nous invite au contraire à vivre l’expérience de très près. Avec Duds Hunt, il nous embarque dans une chasse à l’homme, à la frontière du réel et du virtuel.

Nakanishi n’a rien du héros attachant : ancien délinquant, il cherche à se refaire une virginité à la sortie de sa maison de redressement en travaillant pour une compagnie d’assurance qui le paye une misère. Pour arrondir ses fins de mois, il décide de participer à un jeu en ligne, le Duds Hunt. La règle est simple : il suffit de récupérer le téléphone des autres participants afin de cumuler les points... À la clé : 100 000 yens pour chaque adversaire abattu. Mais le jeu n’impose aucune règle, aucune limite, et bientôt la violence devient pratique courante parmi les joueurs. Jusqu’à Nakinishi lui-même qui devient l’un des leaders du jeu! Si le synopsis de ce one-shot est simple, le traitement narratif, lui, est complexe et raffiné, alternant les points de vue et estompant les frontières entre le monde virtuel et la réalité. Un seinen glaçant qui aborde de façon très sombre la précarisation des travailleurs au Japon et le traitement inhumain réservé aux marginaux. 

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Poison city t.1

Souvent chez Tsutsui, le récit se passe dans un futur très proche. Dans Poison City, l’intrigue se déroule seulement quatre ans après l’année de publication du manga, soit en 2019. Un laps de temps très court mais qui permet encore de réagir pour empêcher les prévisions apocalyptiques de Tsutsui de se réaliser. Poison City est le fruit d’une longue enquête menée par Tsutsui sur les comités de censure au Japon (39 notables qui décident du sort d’une œuvre en moins d’une minute, sur la base de dénonciation anonyme). Ce one-shot est sans doute l’œuvre la plus personnelle de Tsutsui, lui dont le premier manga, Manhole, a été censuré sans même qu'il en ait été informé !

À l’aube des J.O. de Tokyo, le gouvernement japonais cherche à véhiculer une image lisse et parfaite du pays. Les comités de censure se multiplient en vue d’empêcher toute voix contestataire de se manifester, tandis qu’apparaissent d’inquiétants mouvements spontanés de « vigilance citoyenne ». Le jeune mangaka Mikio Hibino en fait les frais, lui dont le manga de zombies ultra-réaliste, Dark Walker, est interdit de mise en vente. Poison City relate ses efforts pour préserver son intégrité et mener son projet à bien, tout en dressant le portrait d’une société paranoïaque qui se fait l’ennemie de la liberté d’expression. Jusqu’à l’asphyxie.

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Prophecy t.1

Dans cette dystopie poussée à l’extrême, c’est la question de la justice et de la violence dans sa mise en œuvre que pose Tsutsui. Un individu masqué se faisant appeler Paper Boy poste sur les réseaux sociaux des vidéos dans lesquelles il dénonce une personne, la société qui l’emploie et les actes condamnables mais impunis dont elle s’est rendue coupable. Il y annonce une sentence qu’il exécute dans les 24 heures. Nul n’est épargné par ce dangereux justicier du web qui s’en prend aussi bien à la PDG ayant tenu des propos racistes dans une conversation privée, qu’à l’employeur malveillant qui refuse de payer les heures supplémentaires de son subordonné. Les vidéos de Paper Boy font bientôt le buzz sur la toile et une vraie communauté de fans s’unit autour du justicier masqué. Une équipe d’enquêteurs menée par la redoutable Erika Yoshino se lance alors à sa poursuite et tente de comprendre ses motivations. Alternant les points de vue des enquêteurs et de Paper Boy, sans pour autant diminuer la portée de sa critique, Prophecy propose un regard nuancé sur les dérives du monde du travail et des réseaux sociaux au Japon.   

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