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Athènes et les îles : voyage littéraire en Grèce

Contrée chérie des écrivains romantiques philhellènes (Chateaubriand, Nerval, Gautier...) qui y ont vu le « berceau de la civilisation européenne », destination prisée des touristes qui s’y rendent pour admirer ses ruines antiques ou apprécier ses beautés naturelles, la Grèce est un pays dont la littérature reste assez méconnue hors de ses frontières. 

En dehors de quelques férus de langue et de culture néo-helléniques, peu de gens connaissent les écrivains grecs « classiques » que sont Nikos Kavvadias, Nikos Kazantzaki et Alexandre Papadiamantis, a fortiori de jeunes talents comme Christos Chryssopoulos ou Yannis Tsirbas. 

Si vous partez en Grèce et que vous souhaitez emporter dans vos bagages dix excellents livres écrits sur ce pays, cet article s’adresse à vous ! Voici un rapide circuit littéraire - en espérant que les livres présentés ici vous serviront de viatique lors de votre prochain séjour au pays des Hellènes.

L'Eté grec

« Enfant, j’ai souvent rêvé de la Grèce » précise l’écrivain au début de son livre. Juste après la Seconde Guerre mondiale, Jacques Lacarrière se rend pour la première fois en Grèce avec une troupe de théâtre de la Sorbonne. Il y retourne à maintes reprises dans les années cinquante et soixante. Dans L’Été grec, un grand classique de la littérature de voyage, l’auteur raconte ses pérégrinations en Grèce : du Mont Athos au Péloponnèse, de Delphes aux villages crétois, de Thèbes aux îles des Cyclades. Outre son érudition étourdissante, le plus grand mérite de ce livre est de nous faire découvrir le fil secret qui relie la Grèce antique à la Grèce moderne : Homère à Élytis, Eschyle à Séféris, Pindare à Ritsos. Le lecteur trouvera donc dans L’Été grec le meilleur des guides touristiques sur la Grèce. Il lira avec délectation les citations des Anciens (Thucydide, Hérodote) ou des Modernes (Séféris) qui jalonnent les pages du livre mais il sera surtout charmé par l’évocation de la vie quotidienne des gens simples que l’auteur a fréquentés au cours de ses pérégrinations : paysans, pêcheurs, moines, etc. Ce sont eux qui, d’une certaine manière, sont les vrais dépositaires de l’âme de la Grèce, dont Jacques Lacarrière nous livre les secrets dans ce livre magnifique.

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Les Petites Filles et la Mort

Sans doute l’un des plus beaux textes de la littérature grecque moderne ! Écrit en 1903 de la main d’un des plus grands – pour ne pas dire le plus grand – prosateurs grecs, le récit Les Petites Filles et la Mort évoque dans sa forme la plus achevée mais aussi la plus sombre la terrible condition de la femme grecque au début du XXe siècle. L’auteur relate la vie d’une infanticide nommée Khadoula la Franque qui tue des petites filles, y compris la sienne, pour leur épargner de vivre dans un monde où elles seront réduites par les hommes à l’état d’esclaves. La meurtrière n’a-t-elle pas, précisément, connu le même sort que celui qu’elle souhaite éviter à ses victimes ? N’a-t-elle pas été, jeune fille, la domestique de ses parents ? Une fois mariée, n’est-elle pas devenue l’esclave de son mari ? Une fois ses enfants nés, ne s’est-elle pas faite leur servante et après la naissance de ses petits-enfants ne s’est-elle pas retrouvée asservie par eux ? Alexandre Papadiamantis, ici au sommet de son art, livre un récit poignant sur la vie de la femme grecque de son temps. Du même auteur, on lira aussi le recueil de nouvelles Rêverie du Quinze-Août (Cambourakis, 2014, traduction de René Bouchet) ou encore L’Île d’Ouranitsa (Cambourakis, 2013, traduction de René Bouchet).

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Alexis Zorba

Ceux qui ne connaissent pas le livre se souviendront de Zorba le Grec, le film de Michael Cacoyannis et de la prestation inimitable d’Anthony Quinn dans le rôle-titre. Si Nikos Kazantzaki a trouvé la matière de son livre dans un souvenir personnel – l’écrivain a lui aussi tenté d’exploiter une mine de lignite avec un dénommé Zorba pour contremaître –, il transforme cet épisode de sa vie pour offrir au lecteur un roman d’apprentissage à la portée philosophique évidente. L’intrigue est la suivante : le narrateur, un jeune intellectuel grec, décide de quitter durant quelques mois le monde des livres pour se rendre en Crète et se plonger dans le monde ouvrier. Alors qu’il attend le bateau du départ dans un café du Pirée, il fait la rencontre d’Alexis Zorba qui le convainc de l’engager comme contremaître. Le narrateur ne tarde pas à être captivé par cet homme à la fois mystérieux et exubérant, en tous points différent de lui… Comme l’écrit René Bouchet, le nouveau traducteur du livre, l’opposition entre les deux personnages principaux constitue le prétexte à une interrogation philosophique sur les formes et le sens de la liberté. L’ouvrage préfigure ainsi l’épitaphe choisie par un auteur qui fut aussi un philosophe : « Je n’espère rien, je ne crains rien, je suis libre. »

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Le Quart

Roman d’un marin qui fut aussi un poète, Le Quart est une odyssée moderne : le lecteur y suit les errements d’un rafiot en route vers la Chine et les tribulations d’un équipage qui vogue sans cesse vers de nouveaux ports, de nouvelles aventures, d’éphémères étreintes charnelles. Véritables épaves humaines, les marins livrent sans fard le récit de leur pitoyable existence : leurs pérégrinations sans fin, leurs amours minables, leurs accès de violence. À travers la voix de ces hommes qui ne cachent rien de leurs déboires sentimentaux et de leur misère existentielle, Kavvadias offre au lecteur un récit poignant sur l’absurdité de la vie humaine. C’est ce que montre la dernière volonté d’un des marins : « Je voudrais qu’on oublie aussi mes ossements, mais dans un bordel. Et que les femmes s’en servent comme canules pour leurs bocks, comme fume-cigarettes, comme sifflet. » Au terme de cette odyssée moderne qu’est le seul et unique roman de Nikos Kavvadias, le lecteur aura été bouleversé à jamais par la voix de ces hommes de la mer en quête d’un sens à leur vie.

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Z

Ce livre, qui fut ensuite porté au grand écran par Costa-Gavras – avec Yves Montand dans le rôle principal –, revient sur l’assassinat, en 1963, du député de gauche Grigoris Lambrakis à Thessalonique. Comme l’auteur américain Truman Capote, dont le livre culte De sang-froid (In Cold Blood) parut la même année que Z, Vassilis Vassilikos livre un roman témoignage très fort sur le meurtre politique d’une figure importante de la Grèce des années 60. L’écrivain, qui a étudié les minutes du procès des assassins de Lambrakis, présente les différents témoins oculaires ainsi que les auteurs du crime, chacun donnant sa vision des faits et dévoilant peu à peu la trame du complot. À travers l’autopsie d’un meurtre politique, l’écrivain démonte aussi le mécanisme qui pousse un groupe d’individus à tuer un de leurs semblables. Les lecteurs férus d’histoire liront avec beaucoup d’intérêt ce roman documentaire qui leur en apprendra beaucoup sur la Grèce moderne. Quant aux autres, ils seront sensibles à la dimension universelle d’un livre qui est aujourd’hui encore d’une étonnante actualité.

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Le Justicier d'Athènes

Rien de tel qu’un bon polar quand on part en voyage et qu’on veut aussi s’évader… par l’imagination ! Dans ce deuxième roman de la « trilogie de la crise », l’écrivain et traducteur grec, qui a longtemps travaillé comme scénariste aux côtés du réalisateur Théo Angélopoulos, entraîne son lecteur dans une Athènes frappée par la crise économique et financière. L’intrigue de ce thriller échevelé est la suivante : un mystérieux assassin sème la terreur dans la capitale grecque en éliminant les citoyens qui ne paient pas leur écot au fisc. Le modus operandi du tueur est toujours le même : se comparant à Apollon l’Archer qui, dans le premier chant de l’Iliade, lance ses traits sur les hommes pour apaiser sa colère, le meurtrier tue ses victimes – ses concitoyens qui font tout pour se soustraire à l’impôt – en les criblant de flèches empoisonnées à la ciguë, le poison utilisé par Socrate pour se suicider ! Au-delà de sa dimension parfois burlesque, on sera sensible au charme de ce polar dans lequel l’auteur, par le truchement de son meurtrier, dénonce certains maux grecs... On sera aussi amusé par les réflexions cinglantes du commissaire Charitos, enquêteur désabusé et même irrité par les errements de son pays. Tant il est vrai qu’avec Markaris, le polar tourne moins à l’anatomie d’un crime qu’à celle d’un pays nommé Grèce. Si vous êtes un amateur de polars, vous pourrez aussi lire, du même auteur et traduit par Michel Volkovitch, le premier et le dernier volets de sa « trilogie de la crise » : Liquidations à la grecque et Pain, Éducation, liberté. Vous pourrez aussi vous plonger dans Épilogue meurtrier.

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L'Ultime Humiliation

Rhéa Galanaki est l’auteure d’une œuvre importante, constituée de recueils poétiques, de nouvelles, de romans et d’essais. Dans L’Ultime Humiliation, son dernier ouvrage, l’écrivaine grecque s’éloigne de la veine du roman historique qui avait marqué ses débuts littéraires pour se concentrer sur l’actualité brûlante de son pays, une Grèce frappée désormais par la crise. Théonymphe et Thérèse, deux vieilles dames abîmées par la vie, vivent recluses dans un appartement-foyer situé dans un quartier défavorisé d’Athènes et sont prises en charge par une assistante sociale, une dame à tout faire, une femme de ménage et par un médecin autoritaire faisant figure de Dieu le père. Lasses de la morosité d’un présent qui déchante, Théonymphe et Thérèse prennent une grande décision : elles vont participer à la grande manifestation qui va avoir lieu en plein centre d’Athènes pour protester contre la fermeture des foyers sociaux du pays. Commence alors pour elles une extraordinaire odyssée dans une ville qui devient le théâtre d’affrontements violents…

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Victoria n'existe pas

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Le jeune écrivain Yannis Tsirbas, par ailleurs professeur de sciences politiques à l’université d’Athènes, livre dans Victoria n’existe pas un récit troublant sur la violence qui mine la société grecque d’aujourd’hui et d’hier. Deux inconnus se rencontrent dans un train de banlieue. Le premier évoque la brutalité de son quotidien. Ne pouvant se résoudre à ce que des immigrés affluent dans « son » quartier – celui de la place Victoria, à Athènes –, il a décidé de les éliminer et s’en vante auprès de son interlocuteur. Face à ce déferlement de violence, son auditeur, quasi mutique, oscille entre apathie et complaisance. Lequel des deux est le plus coupable ? Celui qui agit violemment ou celui qui ne réagit pas face à la violence ? Dans ce récit très fort, Yannis Tsirbas ne se contente pas de revenir sur la forte poussée xénophobe apparue dans son pays à l’occasion de la crise grecque ou lors de la crise des réfugiés ; il mène une réflexion sur la violence enracinée au cœur de l’homme et face à laquelle certains ont pris le parti de se résigner.

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Une lampe entre les dents

Dans la lignée de Walter Benjamin, l’auteur d’Une lampe entre les dents, le talentueux Christos Chryssopoulos, renoue avec l’esthétique de la flânerie dans l’espace urbain. Par un soir humide de décembre, submergé par le désir irrésistible de marcher dans la rue, il quitte la pièce où il tente d’écrire – la pièce des spectres, nous dit-il – ; il dévale l’escalier et se retrouve dehors. Au gré d’une déambulation de plusieurs jours, il prend le pouls d’une ville et de ses habitants. Il observe le triste spectacle des boutiques fermées et des restaurants désertés ; il se laisse surprendre par les nouveaux bruits de la ville, comme le couinement des caddies des chiffonniers sur l’asphalte ; il découvre des spectres humains qui errent dans les rues ou qui fourragent dans les poubelles, une lampe entre les dents. Entre compassion et pudeur, l’écrivain-déambulateur livre un témoignage saisissant sur la crise qui plombe Athènes. Les photos de l’auteur, qui ponctuent le texte et presque toutes en noir et blanc, complètent cette déambulation dans une ville où les êtres humains sont réduits à l’état de débris ou d’ombres fugaces.

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Rébétiko

Le rébétiko désigne une musique populaire apparue dans les années vingt, après la catastrophe d’Asie mineure, quand d’innombrables réfugiés grecs quittent la Turquie et affluent en Grèce. Le rébète, joueur, chanteur et compositeur de rébétiko, évoque alors sa vie de marginal dans les bas-fonds de la ville grecque : il noie son amertume dans l’alcool et le haschich ; il ne travaille pas et fréquente les manguès, les petits voyous du quartier, avec lesquels il fait les quatre cents coups ; il a maille à partir avec la police et la justice... Dans son roman graphique, l’auteur de BD français David Prudhomme choisit de nous transporter dans la Grèce de la fin des années trente, au moment de la dictature militaire de Métaxas. Stavros, amateur de jolies filles et de… haschich, a du mal à respecter les lois. À sa sortie de prison, il retrouve son ami Markos avec lequel il refait le monde, la nuit, autour d’un narguilé et au son stridulant du bouzouki… Un livre incontournable si vous voulez découvrir une autre facette de la Grèce et si vous vous sentez attiré par le rébétiko, le blues grec ! Les lecteurs qui souhaiteraient poursuivre ce périple musical et social pourront aussi se plonger dans La Grèce de l'ombre (120 chansons rebètika choisies, traduites et présentées par Jacques Lacarrière et Michel Volkovitch) aux éditions Le Miel des anges.

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Loïc Marcou est docteur en lettres grecques modernes de l'université de Paris-Sorbonne et traducteur littéraire. Il a traduit plusieurs romanciers, nouvellistes et dramaturges grecs pour le ... Show More

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