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La genèse des Ricordi, racontée par son auteur : « Mon arrière-grand-père paternel et mon grand-père maternel ont en commun d'avoir très tôt quitté leur Lombardie natale, d'avoir épousé une Française dans l'Est de la France, d'avoir francisé leur pré- nom, d'avoir coupé les ponts avec l'Italie, avec leur famille, avec leur langue maternelle et de n'avoir rien transmis de leurs origines à leurs enfants, à leurs petits-enfants sinon un nom que je porte. Je porte la disparition d'une partie de l'histoire familiale, des histoires abandon- nées à la frontière. Je porte en moi plusieurs inconnues : tous les rêves du monde. Longtemps l'Italie a été un fantasme, tantôt une honte ou une fierté, une fiction le plus souvent. Elle était un trou, une présente absence, une ouverture, des histoires possibles, multiples, infinies. J'aurais pu enquêter, remonter le fil, interroger ceux qui auraient connu quelqu'un qui aurait connu quelqu'un qui... mais je me suis toujours méfié des témoignages. Comment faire confiance aux souvenirs quand les faits sont derrière nous, passés ? On se souvient, on croit se souvenir, on embellit ou noircit la réalité, on arrange, sciemment ou non, en fonction de l'interlocuteur. On (se) raconte nos souvenirs, on entend des histoires. Parce qu'on a soif d'histoires, et celui qui raconte, et celui qui écoute. Qu'ils soient vrais ou en partie inventés, détournés, incomplets, les souvenirs sont espiègles, ils vont et viennent, du coq à l'âne, dans le désordre et ils aiment nous perdre, se modifier, se transformer. Les souvenirs sont des romans. N'ayant pas vécu les années quarante, cinquante et soixante en Italie, n'ayant pas fait le chemin de mes aïeux, je ne me souviens pas de cette époque et ne peux prétendre me souvenir de ce que je n'ai pas vécu bien que je me souvienne de ce que j'ai lu, entendu, vu, écrit, retenu, de toutes ces années. Et parce que je me souviens du souvenir des autres et qui maintenant sont les miens, c'est ainsi que mes souvenirs sont devenus des « ricordi », c'est-à-dire des souvenirs qui ne peuvent être dits dans ma langue, en français, mais dans celle que j'aurais pu parler si elle avait été transmise. Mi ricordo n'est pas dire : Je me souviens. L'histoire de ma famille doit être très éloignée de celles qui traversent les ricordi mais c'est de cette construction-là que je me souviendrai à présent. Ici, comme dans tout récit, l'histoire rejoint l'Histoire. C'est ainsi que des vies apparaissent ou disparaissent. On suivra les partisans et leurs difficultés à retrouver une « vie normale » après la guerre, on s'intéressera au miracle économique, à l'essor industriel, aux concours de beauté, au photojournalisme de Federico Patellani, aux actrices (Sophia Loren, Anna Magnani, Gina Lolobrigida, Silvana Mangano,...), à la littérature (Cesare Pavese, Beppe Fenoglio, la famille Ginzburg, Silvio D'Arzo, Mario Luzi,...), à Alba et aux Langhe, au cinéma néoréaliste, à la mort de ce cinéma-là, à De Sica, Rossellini, Antonioni, Fellini et Pasolini, à la fermeture des bordels, à la naissance de journaux, de radios, à l'arrivée de la télévision, à la transformation du paysage, celui des villes, celui des côtes, aux histoires d'amour, aux mensonges et aux trahisons mais aussi aux amnésies, aux volontés d'oubli et aux désirs de fuir... Oui, il y a désormais tout ça dans ce que j'interroge, dans mes ricordi. Des fragments d'histoires et de vies qui a auraient pu être les nôtres où se glisser dans les creux, les manques, les oublis, ses abandons. Très vite la forme utilisée par Joe Brainard (I remember) et Georges Perec (Je me souviens) s'est imposée. Ricordi peut être lu du 1er au 480e fragment mais aussi dans le désordre, via l'index, de manière aléatoire, à l'envers, de travers, l'Italie dans le dos. » Texte de Christophe Grossi. Dessins de Daniel Schlier. Prière d'insérer d'Arno Bertina.

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